Exposition présentée
en partenariat avec Magnum Photos
Le musée Nicéphore Niépce s’attache une
fois encore à faire mieux connaître un artiste de renommée
mondiale et pourtant rarement présenté en France.
Animé d’un profond humanisme, Wayne F. Miller s’est
attaché dans ses photographies à dépeindre “les
vérités universelles” de l’homme.
Si la couleur de peau, la langue, la classe sociale
se distinguent d’un individu à l’autre, des traits communs n’en
relient pas moins l’humanité entière : l’aspiration
au bonheur, les rêves, les instants de rire, de larmes, les
sentiments d’amour, de fierté, les mêmes espoirs,
les mêmes inquiétudes… tel est le credo de Wayne
F. Miller.
“En tant que photographe de guerre durant la Seconde Guerre
mondiale, j’avais vu un incroyable gaspillage de vie et de
ressources. Juste après l’explosion de la première
bombe atomique, j’ai vu et enregistré l’horreur
d’Hiroshima, ultime dénégation de la raison.
Un soir, vers la fin de la guerre, je suis allé sur le pont
et ai rejoint mes compagnons de bord. Nous avons échangé des
blagues et des ragots puis le ton a changé et nous nous sommes
mis à parler de la futilité aveugle de la guerre. Pour
la plupart, nous avions l’impression de nous battre dans le
noir, par instinct, contre des ennemis que nous ne connaissions pas
et qui ne nous connaissaient pas. Les fusils et les bombes pouvaient
gagner la guerre, mais l’ignorance et la suspicion perdraient
sûrement la paix.
Nous étions d’accord que seules la
conscience et la compréhension pouvaient faire de nos ennemis
des amis et de nos amis des voisins.
Je n’ai jamais oublié cette conversation. Cela m’a
donné la conviction qu’après la guerre, avec
un appareil photo, je pourrai être capable de rendre compte
de ce qui faisait de la race humaine une famille.”
En 1946 et 1948, Wayne F. Miller obtient deux bourses
de la Fondation Guggenheim lui permettant de réaliser un reportage sur la
communauté noire des Etats du nord des Etats-Unis. C’est à cette
occasion qu’il choisit de parcourir le quartier sud de Chicago,
sa ville natale, pour aller à la rencontre de la population
noire fraîchement émigrée des Etats du sud.
Ces photographies sont une chronique de cette partie de la ville
alors en plein essor industriel.
Miller, photographe blanc, y capture surtout des
scènes d’intimité,
de la vie quotidienne, les instants de bonheur, de labeur, de révolte
d’une communauté pauvre et digne, attachée à son
intégration suivant les critères de l’Amérique
blanche bien pensante.
Son regard passe d’une danse improvisée au visage fier
d’un meneur de grève, d’une scène de rue
aux répétitions de Duke Ellington au Savoy.
A aucun moment le photographe n’est dupe de ce qui se présente
sous ces yeux : une ségrégation omniprésente
dont ces gens tentent de s’abstraire en vivant, comme le ferait
le reste de l’humanité.
En mettant en avant des sentiments communs à tous, Wayne
F. Miller annonce déjà le propos de The Family of Man,
l’exposition historique qu’il contribuera à organiser
avec Edward Steichen en 1955.
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