Michel Verjux, Bernar Venet, Pierrick Sorin, Corinne
Sentou, Daniel Pommereulle, Roman Opalka, Olivier Mosset, Didier
Mencoboni, Jean-Paul Marcheschi, Ange Leccia, Julije Knifer, Alain
Josseau, Groupe Irwin, Nicolas Herubel, Monique Frydman, Daniel Dezeuze,
Patrick Corillon, Sophie Calle, Claude Caillol, Jean-Pierre Bertrand,
Judith Bartolani, Damien Aspe
Il y a quelque quinze ans… Ligne A. Il me souvient des réactions
de cette vieille dame si typiquement toulousaine qui affirmait qu’elle
ne prendrait jamais le métro : "parce qu’il existera".
S’y rendant à mon insistance pour ses intérêts
artistiques, elle n’y voyait qu’à peine les œuvres – il
est vrai pour la plupart discrètes en dépit de leur
qualité. Dépassée l’asepsie volontaire,
confirmée la décision judicieuse d’associer artistes,
architectes et ingénieurs dès les premières
esquisses de la conception des stations, la ligne B affiche un caractère
tonique qui rendrait tout heureuse notre dame usagère.
Musée d’Art contemporain de Toulouse, les Abattoirs
ont décidé de s’associer au formidable événement
que constitue une commande artistique publique. Inviter les vingt
artistes lauréats à présenter une œuvre
pour signifier l’importance de l’impact social de la
création et faire se croiser ainsi les mondes trop souvent
parallèles de la rue et de l’institution, de l’urbain
et du culturel, engage le musée dans sa relation naturelle – plus
qu’obligée – à l’espace social. Se
développe ainsi une sensibilité d’usage entre
un art public, collectif, qui colore l’environnement du citadin
et l’œuvre expérimentale qui, au musée,
fixe le regard sur elle-même dans une dimension plus individuelle.
Deux voies distinctes qui se joignent aujourd’hui dans l’affirmation
citoyenne d’une culture solidaire de la vie quotidienne. Visiteur
et passager échangeront alors d’autres clés de
lecture, d’autres modes d’appréhension, pour partager
enfin avec les artistes la richesse sociale de leur engagement au-delà des
confidences de la salle d’exposition.
Tout comme au long de la ligne, les stations se succèdent
sans d’autres éléments plastiques fédérateurs
que le verre et la lumière, ouvertes à l’originalité de
chaque réponse, l’exposition des Abattoirs égrène
les démarches singulières des vingt lauréats.
Les inviter à présenter une œuvre en relation
directe ou non avec celle réalisée pour la commande
semblait la meilleure réponse à la liberté de
création que l’on doit à chacun. Celle qui permettra
d’apprécier en quoi l’artiste est ou non redevable
de sa commande au métro dans les nouveaux développements
de sa démarche créatrice. Y échappe-t-il ? Comment
? Qu’a-t-il amené de ses expériences en atelier
? A ce jeu, les réponses sont évidemment signifiantes
tant l’authenticité de nos artistes trouve sa signature
ici et là, cohérente.
Il est trop tôt pour décrire les œuvres – aspects,
formes et contenus des discours esthétiques, sociaux ou politiques – puisque
la majorité des artistes investis dans le projet d’exposition
aux Abattoirs est encore aujourd’hui au travail d’une
prochaine actualité. Certains ébauchent des pièces
qui pourraient apparaître comme la conséquence ou la
résultante de la commande, d’autres apportent un projet
plus lié en amont à des recherches personnelles qui
alimentent bien sûr leur commande. Tous affirment l’authenticité sincère
de leur engagement dans l’espace social d’une création
qui unit aujourd’hui des milieux différenciés
qu’il convient de s’approprier dans le tissu urbain :
la station, le quai, le musée… ligne B… véritable
connexion.
Alain Mousseigne
Conservateur en chef,
Directeur des Abattoirs
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