Dianne
Hagen
La Galerie Nelson-Freeman est heureuse de présenter la troisième
exposition personnelle de l’artiste hollandaise Dianne Hagen.
Le travail de Dianne, que l’on a souvent dit inclassable, se
développe essentiellement autour de la notion d’instinct,
c’est-à-dire d’une réaction incontrôlée
et viscérale, de l’ordre de la sensation. Dianne Hagen
avait déjà montré à la Galerie Nelson
des travaux de ce type, sur le thème du test de Rorschach
en 2004. Elle a réalisé le commissariat d’une
exposition de groupe en 2004 au Stichting Outline à Amsterdam,
qui avait pour titre « Much Obliged, With Grace », reprise à la
Villa de Bank en 2005. Le titre de cette exposition laisse deviner
le goût de l’artiste à désarçonner
ses contemporains, à les surprendre et les remettre en question,
en fonction d’une situation ou au regard d’un objet,
en l’occurrence ici l’œuvre d’art. Dianne
Hagen vient également de terminer une résidence de
plusieurs mois en Inde.
Les nouveaux travaux que Dianne présente dans cette exposition
poursuivent le travail commencé en 2004 sur le dessin. Elle
accentue dans cette nouvelle série l’effet bi-dimensionnel
des dessins, par l’ajout de matière extérieure
sur le papier, comme le plastique, la pâte à modeler
minérale, le verre, le collage…
Un dessin se compose de photos de Lys, placées en cercle,
comme un cadre ou une frise autour de morceaux de verre transparent
imbriqués dans la pâte à modeler minérale.
Ce dessin donne une vision presque idyllique au premier regard et
finalement, les morceaux de verre viennent nous dérouter.
A la fois, ils réfléchissent la lumière et en
même temps il s’agit d’un matériau « agressif » ,
coupant, tranchant, récurrent dans le travail de l’artiste.
Les œuvres de Dianne sont ambivalentes : elles nous renvoient
sans cesse à des choses connues, familières, presque
immédiatement. Puis, de manière plus insidieuse, d’autres évocations
surgissent. Un autre dessin se compose de feuilles d’aluminium,
cadre du dessin, sur lesquelles sont collées des lettres découpées
d’un magazine, comme pour un message anonyme. Elles forment
les mots « Freedom yeah right ». Ce message apparaît
dans plusieurs pièces et renvoie à la fois au sujet
dessiné, une forme organique ou minérale qui évolue
librement et hors de tout contexte, et en même temps à la
condition de l’artiste lui-même, comme un hymne à la
liberté d’expression. Dianne cherche ainsi un contact
direct entre l’objet que l’on voit et l’image à laquelle
elle nous renvoie par l’esprit. Il y a deux niveaux de lecture
: « l’anima » qui renvoie au monde des idées,
de l’invisible et impalpable et l’ « animus » qui
renvoie au monde du corps, du palpable, de l’objet représenté par
l’œuvre d’art. L’artiste développe
une réflexion tout au long de sa vie et l’œuvre
d’art est la trace qui survivra. L’artiste nous pousse à un
questionnement en choisissant des couleurs et des motifs séduisants
au premier regard, mais détournés de leur usage habituel.
La notion même de beau est bousculée. Souvent, ce sont
des motifs qui rappellent un monde organique, qui se développe
sans même que nous en ayons conscience. Elle reprend aussi
des éléments plus classiques comme la perspective,
notamment dans un relief bleu, composé de pâte à modeler
minérale et de colle, qui inclut au centre une photo de givre
sur une vitre.
Dianne Hagen présente également trois sculptures sur
tables basses. Deux de ces sculptures font référence à la
sculpture classique, buste ou nikke, souvent érigés
comme des monuments. Réduites à une forme quasi-minimale,
elles perdent le statut de monument, réduit à une taille
plus proche des objets du quotidien, tels des fétiches. La
troisième table vient en opposition des deux premières
qui fonctionnaient comme un socle. Cette dernière, recouverte
d’une tapisserie formée de cônes en tissu recouverts
de plastique, redevient un objet quotidien. Dianne introduit des éléments « kitsch » pour
désacraliser les formes classiques de l’art.
La pratique artistique de Dianne offre une exploration
incessante entre l’œuvre d’art et l’esprit. Les œuvres
ne portent jamais de titres pour éviter les cloisonnements
et les classifications, l’artiste nous incitant constamment à un
dialogue intime avec son œuvre, une expérience unique.
Anne-Marie Schneider
La Galerie Nelson-Freeman est heureuse de présenter la seconde
exposition personnelle de l’artiste française Anne-Marie
Schneider. Sa pratique artistique se concentre essentiellement sur
le dessin, et au fil des années, a inclus le film et parfois
la sculpture. Son travail a fait l’objet d’une exposition
personnelle à l’ARC- Musée d’Art moderne
de la Ville de Paris en 2003, sous le commissariat d’Angeline
Scherf. En 2005, on a pu voir les œuvres de l’artiste
lors du printemps de Septembre. Actuellement, les œuvres, dessins
et film, d’Anne-Marie Schneider sont visibles dans l’exposition « Airs
de Paris » au Centre Pompidou, sous le commissariat de Christine
Macel, jusqu’au 15 août 2007.
Anne-Marie Schneider dessine comme on écrit dans son journal
intime. Ses dessins répondent à une pulsion de sublimation
du réel et dépeignent la vie quotidienne telle qu’elle
est perçue par l’inconscient. Ils traduisent souvent
des émotions ou des sensations de l’ordre de l’indicible.
Certains motifs se retrouvent comme le cercle, image protectrice
du cocon et parfois carcan. D’autres motifs sont dessinés
en série comme si l’artiste cherchait à exorciser
un événement : tête arbre ou tête bandée.
Les dessins présentés dans l’exposition, seuls
ou en ensemble, montrent l’évolution d’Anne-Marie
vers la couleur et ouvrent à des sujets très variés
: une roue d’esclaves, une série de cerveaux, une série
de tête et boutons, des gouttes de pluie, des flammes, des
flèches… Elle présente notamment deux ensembles
de dessins.
Le premier de ces ensembles, sur les cerveaux, propose une plongée
au cœur du cerveau humain, présenté sous la forme
d’une germination en plusieurs étapes : deux neurones
sont reliés, puis l’un d’eux germe, le cerveau
se scinde en deux, la tête entière apparaît avec
le cerveau en feu… Loin d’avoir ici une image effrayante,
Anne-Marie Schneider offre une vision poétique, sans édulcoration,
de ce qui peut se passer dans un cerveau, à l’intérieur
même. L’autre ensemble se compose de 6 dessins qui fonctionnent
presque à la manière d’un « flip book ».
Sur le premier dessin, une tête apparaît, presque une
tête de mort, très pâle sur le papier, avec un
bouton à la place de la bouche. Puis, quand on avance à la
découverte des autres dessins, la tête se fait plus
précise, comme si les plans se rapprochaient. La série
se termine sur une métamorphose : une tête plus humaine,
mais plus tourmentée se cache derrière un bras…
L’artiste présente également une sculpture, composée
de 11 éléments, qui représente des boules tricotées,
un personnage composé de boutons et qui reprend la symbolique
du cerveau sous une autre forme.
Anne-Marie présente également son 4ème film,
filmé en super 8 comme les précédents, intitulé « Comme
un chien ». Il s’agit ici de reprendre un thème
classique, la mort, mais dans une forme quotidienne et non pas à la
manière des médias, qui la présentent sur un
mode sensationnel. Anne-Marie Schneider s’appuie pour cela
sur un passage du “Procès” de Kafka dont elle
propose une relecture. Ce projet se présente sous la forme
d’un documentaire qui alterne des images en scènes “réelles” et
des images d’animation, d’après les dessins de
l’artiste. Ce passage d’une forme à l’autre
permet de mettre en relief le caractère métaphorique
de ce qui est raconté.
L’univers d’Anne-Marie Schneider oscille entre réalité et
rêve, le passage de l’un à l’autre étant
continuel et sans lien rationnel. De cet univers fragile, intime,
ressort une poésie sans naïveté, fantasmatique
et parfois grinçante. Dessins, peintures ou films dessinent
une vision parfois effrayante, qui inspire une certaine empathie, à la
fois réelle et imaginaire, sur le mode du rêve.
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