Une
des premières démarches artistiques
d’Etienne de Fleurieu fut d’enregistrer le ciel avec
sa
caméra. Il restait des heures durant allongé dans l’herbe
afin de figer le mouvement des nuages et
de rêver, afin d’enregistrer l’immatériel.
Filmer le ciel, c’est comme filmer le feu, une sorte de rien
qui permet de laisser dériver son inconscient. Ces bandes de
film 8 millimètres étaient ensuite
minutieusement collées et assemblées en tableaux. S’il
travaillait sur le temps en exerçant une
pratique répétitive et en évoquant la mémoire
de ce qu’il avait vu, Etienne de Fleurieu s’intéressait
surtout à la notion de liberté. J’ai découvert
plus tard son travail par des gravures reproduisant des
papillons et une installation où une grille enfermait un papillon
bleu. Poétique et aérienne, elle évoquait l’oeuvre
de l’artiste allemande Rebecca Horn, bien
que le jeune français ne s’y réfère pas
directement. « L’idée du papillon est à rattacher à celle
du rêve. Je trouve que c’est l’être le plus
libre et le plus éphémère qui soit et qu’il
représente une bonne définition du rêve. »
Par contraste, il s’est rattaché dans ses dernières
pièces au toucher, au contact et à la main. Un
grand format représente deux mains dessinées immenses,
comme si un géant s’était accolé à la
feuille. Les sculptures en bronze, à taille réelle, reprennent
les formes des mains qui s’accrochent,
se happent, se collent. Une main se love dans l’autre, une main
ferme une bouche, une main se
pose sur un téton, une main clôt un oeil. Le spectateur
de ces oeuvres est d’ailleurs invitéà participer puisque ces sculptures sont comme en négatif. Ayant
moulé uniquement l’intérieur, le
creux de sa main, l’artiste pousse l’autre à « compléter » cette
scénographie. Il veut renouer avec
l’idée de se tâter, se goûter. Il expérimente
le rapport sensoriel à autrui, constatant qu’on peut se
regarder, se parler et s’entendre, mais dès que le toucher
intervient, il induit une connotation plus
sexuelle. Quand il en parle, Etienne de Fleurieu évoque aussi
les sons des doigts qui tapotent sur
le corps ou sur une joue tendue lorsque la bouche est ouverte.
Finalement lié à l’organique, ce travail sur l’empreinte
avait démarré aux Beaux Arts de Paris
lorsqu’il était l’élève de Giuseppe
Penone. Il avait alors conçu des empreintes de coeur, de nombril,
de pied qui reformaient ensuite une sculpture partielle, fragmentée
du corps. Après le passage
plus froid et plus scientifique des films sur le ciel, il se réapproprie
ses premiers centres d’intérêt
dans une démarche très instinctive et atemporelle. Il
ne se rattache à aucune communauté artistique, ne dénonce aucune actualité et réalise
un corpus totalement auto-centré. Regarder les
oeuvres d’Etienne de Fleurieu, c’est aussi se recentrer
sur soi, au niveau de son inconscient, et
aujourd’hui au niveau de son corps.
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