La Fondation Cartier pour l’art
contemporain présente Rock’n’Roll 39-59,
une exposition consacrée à la genèse
et aux débuts du rock’n’roll aux États-Unis,
de l’explosion du boogie-woogie à partir
de 1939 aux événements de la fin
des années 50 marquant le déclin de
ce qu’on peut appeler le premier âge d’or
du rock’n’roll. Regroupant des affiches
exceptionnelles, des disques et objets
rares d’époque, mais aussi
des photographies, des films, et bien sûr
de la musique et du son, l’exposition
invite le visiteur à revivre
ce bouleversement culturel, miroir
d’une société en pleine mutation.
L’exposition propose un parcours à travers
les différents genres musicaux qui ont
influencé ce véritable « melting-pot » musical
qu’est le rock’n’roll : blues et gospel, grands
orchestres de jazz, country, et surtout rhythm
and blues. Elle s’attache à l’histoire
d’individus exceptionnels qui en ont été les architectes, qu’il s’agisse
de musiciens comme Bill Haley, Bo Diddley,
Little Richard, Chuck Berry et Elvis Presley,
d’hommes de l’ombre comme Sam Phillips,
le fondateur de la maison de disques
Sun Records à Memphis, ou des compositeursproducteurs
Jerry Leiber et Mike Stoller.
Lorsqu’en 1956, grâce à la télévision,
le rock’n’roll incarné par Elvis Presley
fait brutalement irruption dans les foyers
américains, il provoque un véritable séisme.
Une façon de chanter inédite et pleine
de liberté, des jeux de scène provocants
et une allure exhubérante : la manière d’être
entièrement nouvelle du jeune chanteur choque
les classes moyennes blanches, qui vivent
dans la société conformiste, ségrégationniste
et puritaine de l’Amérique de l’après-guerre.
Cette liberté d’esprit, ingrédient principal
du rock’n’roll naissant, est cependant déjà familière à la communauté noire,
au coeur de laquelle était né le rhythm and blues dans
les années 40.
Cette musique noire américaine d’une
formidable créativité n’est pendant longtemps
reprise par les grandes maisons de disques que
sous la forme de covers – pâles imitations
de tubes rhythm and blues par des chanteurs
de variétés blancs conventionnels.
Mais lorsque des disc-jockeys tels qu’Alan Freed
se mettent à refuser de passer ces titres à
la radio, leur préférant les originaux,
un phénomène nouveau se met en marche.
Les barrières musicales entre les races
commencent à tomber. Le rock’n’roll, composé de rhythm and blues mâtiné de
country, fait naître un son radicalement différent, porté tout
d’abord par les musiciens blancs, suivis de
près par des artistes noirs. Il conquiert rapidement
une nouvelle catégorie de population
dotée d’un fort pouvoir d’achat et en passe de
jouer un rôle important dans la société américaine:
les teenagers. À partir du milieu des
années 50 c’est une véritable déferlante,
soutenue par le succès sans précédent d’Elvis
Presley et d’autres artistes talentueux tels que
Carl Perkins, Jerry Lee Lewis, Eddie Cochran
ou Buddy Holly.
Toutefois, la fin des années 50 voit le déclin
de quelques-unes des plus importantes
figures du mouvement : Elvis est envoyé au service
militaire, Little Richard abandonne le rock’n’roll pour
la religion, Buddy Holly meurt dans un accident d’avion,
Jerry Lee Lewis fait scandale en se mariant
avec sa cousine de 13 ans. De médiocres
imitations préfabriquées des pionniers du
rock’n’roll commencent à inonder le marché.
Autant d’événements qui marquent la fin
d’une époque.
Telle est l’histoire que raconte Rock’n’Roll
39-59, une exposition qui replace
ce phénomène musical au sein d’un contexte
plus vaste, celui des évolutions sociales,
culturelles et artistiques de l’époque.
Elle invite ainsi le visiteur à découvrir une
période importante de l’histoire américaine
qui vit coïncider, non par hasard, les premiers
pas du mouvement pour les droits civiques
et les bouleversements musicaux et artistiques
de la génération d’après-guerre. On y croise
aussi bien des personnages politiques
comme Martin Luther King que des figures
emblématiques de l’incroyable élan créatif
de l’époque : Marlon Brando, James Dean
ou encore Jackson Pollock.
L’exposition est divisée
en deux parties.
La première s’attache à capturer l’air
du temps – l’esprit de liberté et de rébellion
qui a été au coeur de l’explosion du rock’n’roll
au milieu des années 50. La seconde
partie revient sur l’histoire du rock’n’roll, et
en trace la généalogie à travers l’évocation
des principaux lieux, événements et
protagonistes du mouvement. Elle présente
des objets uniques – une guitare ayant
appartenu à Buddy Holly ou une veste
portée par Elvis Presley lors d’une célèbre
apparition télévisée. On y voit également
des affiches d’époque très rares, comme celle
annonçant le concert du 1er janvier 1953,
que la star country Hank Williams ne
donnera jamais.
L’atmosphère de ces années est restituée
par divers objets d’époque – un mur de jukebox,
une Cadillac de 1953, la reconstitution
d’un studio d’enregistrement typique des
années 50 – ainsi que par la projection du film
de Pamela Page et Patrick Montgomery Rock
And Roll : The Early Days. Enfin, des documents
exceptionnels (correspondances, contrats,
chèques…) permettent au visiteur de découvrir
l’importance des relations personnelles et
professionnelles nouées pendant cette période.
Rock’n’Roll 39-59 fait la part belleà
la photographie, notamment à travers une
exposition exceptionnelle des photographies
d’Alfred Wertheimer, qui a suivi Elvis Presley
au cours de l’année 1956. Les oeuvres
d’autres grands photographes américains
tels que Bruce Davidson, Marion Post Wolcott
et Ernest C.Withers sont également présentées,
ainsi qu’une série inédite de photographies
du grand William Eggleston.
À
l’occasion du trentième anniversaire
de la mort d’Elvis Presley, l’exposition
Rock’n’Roll 39-59 propose un véritable voyage
sonore et visuel, invitant le visiteur à revivre
la naissance d’un genre musical qui, après
avoir ébranlé la société américaine
jusque
dans ses fondements, changea profondément
la face du monde.
Les
Soirées Nomades
Pour Rock’n’Roll 39-59, les Soirées Nomades
conçoivent un programme insolite
et éclectique: du rock de Tav Falco, imprégné de
ses racines du Delta du Mississipi à
la ré-appropriation décalée et contemporaine
de tubes rock par le groupe Matmos,
de la conférence sur Buddy Holly par
le spécialiste de la culture populaire américaine
Greil Marcus au championnat de France
de Air Guitar dans le jardin de la Fondation
Cartier, les Soirées Nomades se mettent avec
enthousiasme à l’heure du rock’n’roll.
À
l’occasion de l’anniversaire de la mort
d’Elvis Presley, la Fondation Cartier
organisera le 16 août une soirée spéciale
dédiée au King.
Programmation
détaillée
sur fondation.cartier.com à partir du 15 juin.
Livre de l’exposition
Rock’n’Roll 39-59. Fondation Cartier
pour l’art contemporain, Paris.
É ditions Xavier Barral, Paris.
Broché, français, 25 x 31,5 cm, 432 pages,
300 reproductions couleur et noir et blanc.
Prix : 39,50 €/Publication : juin 2007.
|