Depuis près de quarante ans, Daniel Buren photographie
consciencieusement son travail. Cette documentation pléthorique
est tout ce qu’il reste de la majeure partie de son œuvre
aujourd’hui détruite. Si la moindre reproduction publiée
porte la légende « photo-souvenir », le statut
de ces images reste néanmoins ambigu : jusqu’à quel
point peuvent-elles témoigner d’un travail passé ?
Dans quelle mesure menacent-elles de devenir autonomes ? Parce
que l’image ne peut en aucun cas se substituer à l’expérience,
le terme à connotation touristique choisi par Buren souligne
les écueils d’une entreprise d’archivage pourtant
indispensable pour attester du travail effectué.
Dernier volet des Formes du délai, Souvenirs de photos
abordera la question du souvenir de l’œuvre et de son « devenir
image ». L’exposition présentera ces photographies
dans tous leurs états, mêlant diaporama, cartons d’invitation,
cartes postales, livres, affiches, magazines… A travers la
position particulière de Daniel Buren, il s’agira
d’articuler certaines problématiques liées
au point de vue et au contexte, à la nécessaire diffusion
du travail, aux risques de manipulation mais aussi de mythification
de celui-ci, et de montrer, enfin, comment l’archive peut
prendre une forme spécifique et constituer une pratique à part
entière…