Alors
même que le Kunsthalle
de Dusseldorf et le Contemporary Festival de Salzbourg présentent
chacun des projets de Christoph Büchel, [S]extant et plus
a le plaisir d’activer une pièce inédite
de l’artiste dans l’enceinte de La Friche la Belle
de Mai. L’œuvre dévoilée ici se situe à l’intersection
de tensions et de crises géopolitiques, domaine exclusif
des Etats, et intègre un corpus d’interventions
de Christoph Büchel, celui qui scrute les rouages du monde,
ses conditions et ses limites.
Déjà, en 2004 associé à Gianni Motti
pour l’exposition Guantanamo Initiative au Centre Culturel
Suisse de Paris, les artistes entamaient des négociations
avec l’Etat de Cuba afin de louer la baie de Guantanamo,
actuelle base américaine et zone de non-droit, dans le but
d’y installer une Base Culturelle. Selectionné l’année
suivante pour une série de manifestations-hommage à Albert
Einstein, Christoph Büchel élabore le projet d’acheter
une parcelle du mur de béton en construction à Jerusalem
et de l’installer comme monument sur le parcours commémoratif.
Ici, Conquest of Paradise (RDX), installée sur le parvis
de la salle Cartonnerie et parking quotidien des usagers de la
Friche, nous propulse dans le passé par la mise en place
d’un dispositif scénique précis et inspiré du
cinéma ambulant utilisé pendant la deuxième
guerre mondiale, grand outil de divertissement et de propagande
des Etats, l’œuvre dévoile une vidéo issue
de notre contemporanéitée mondialisée. Téléchargée
sur un site de mouvance terroriste, elle retrace étape par étape
la fabrication du RDX, un explosif couramment utilisé par
les différentes armées qu’elles soient des
corps constitués ou issus d’organes clandestins et
illégaux.
Le titre Conquest of Paradise est une citation du film de Ridley
Scott (sorti en tant que Christophe Colomb en France). Si le
hasard n’a que très peu de place dans l’oeuvre
de Büchel, on se souvient de sa très récente
exposition en 2005 au Kunsthalle de Bâle qui ouvrait sur
une vidéo “choque” extrait des séances
d’entraînement de la police américaine, ou
encore son exposition Close Quarters à la Kunsteverein
de Freiburg en 2004. L’artiste y transformait par des jeux
de superpositions ou de mise en boîte le centre d’art
en terrain multisport dans lequel il juxtaposait des reconstitutions
d’habitats issues de nos stéréotypes sur
l’immigration européenne, ce qui frappe dans le
dispositif rigoureux de Conquest of Paradise (RDX) tient en la
présence en fond sonore de la vidéo téléchargée
d’une composition de Vangelis, par ailleurs bande originale
du Film de Ridley Scott. Cette intrusion lyrique et anachronique
renforce ce principe toujours à l’oeuvre chez Christoph
Büchel qui consiste à dénicher dans les plis
du réel ses zones d’absurdité. Que ce soit
par des stratégies d’intrusions ou d’extractions
du réel, l’objet déplacé et recontextualisé joue
l’incarnation fétiche de ce qui a eu lieu et de
ce qui aura lieu. Conquest of Paradise (RDX) se situe entre reconstitution
historique et topiques de la globalisation et renvoie ironiquement
aux fantasmes de nouveau monde en fabrication quotidienne sur
le net.
Christoph Büchel est né en 1966 à Bâle
où il vit et travaille. Lauréat en 1998 du Swiss
Art Award à l’occasion de la foire de Bâle pour
son projet Hopp Büchel, (“Saute Büchel”),
il participe au Studio Program du P.S. 1 à New York. Sélectionné pour
la Manifesta 4 de Francfort en 2002, il est également invité au
Swiss Institute de New York et au Centre Culturel Suisse de Paris
en 2004. Christoph Büchel expose en 2005 au Kunsthalle de
Bâle et est présent dans l’exposition Dionysiac
au Centre Pompidou à Paris. Il est représenté aux
Etats-Unis par la galerie Maccarone Inc, New York et en Europe
par la Galerie Hauser & Wirth, Zurich.
Nous remercions chaleureusement Michele Maccarone de Maccarone
Inc et Nicole Keller de Hauser & Wirth, Zurich.
L’exposition de Christoph Büchel bénéficie
du soutien de Mécènes du Sud, de Pro Helvetia, fondation
suisse pour la culture, de la friche la belle de mai, de la ville
de Marseille, du conseil général des Boûches-du-Rhône,
du conseil régional Provence-Alpes-Côte d’Azur
et du ministère de la culture (drac paca)