par Christian Caujolle
C’est une collection de portraits. Des portraits
comme on les rangeait jadis dans des albums de
famille et qui composent effectivement une famille. Sauf qu’il
ne s’agit pas d’une famille d’individus
mais d’usines. Des usines des zones industrielles de Milan,
la ville de Gabriele Basilico.
Un ensemble de portraits frontaux, réalisés entre 1978
et 1980 et qui sont la première série sans
personnages d’un des plus importants artistes européens
qui se sont attachés à explorer la ville et
le paysage.
Sa formation d’architecte, naturellement, explique le choix de
celui qui, quelques années auparavant
s’était essayé au reportage social. Ici, plus d’ouvriers,
pas de voitures, d’agitation, simplement, parfois,
au sol, des signes du passage de l’homme. L’ensemble est
silencieux, sans effet, attentif à une
grande unité de lumière qui souligne et révèle
les détails
Dans sa rigueur plastique qui se souvient de certaines séries
de Walker Evans, qui oblige à penser
aux Becher ou à Lewis Baltz, Gabriele Basilico sait insuffler
de l’émotion, voire un certain romantisme.
Comme s’il sentait que ces bâtiments, qui font partie
depuis toujours de son paysage personnelé
taient voués au passé et que la classe ouvrière
allait disparaître.
De fait, et même s’il s’attache à une forme
de perfection formelle, jusque dans la splendeur des
tirages - présentés ici en grand pour la première
fois - il ne photographie pas ces usines comme des
sculptures (les Becher) mais comme des créations de l’homme
qui abritent d’autres hommes et leur
labeur.
Et c’est bien pour cela que l’on peut parler de portraits.
Et même de portraits sociaux et engagés.
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