"La figure d'interférence résultant de la somme
de tous les chemins possibles est ce que nous pourrions appeler la
Réalité dictée par le bon sens".
"Mon travail n’a absolument aucune «raison d’être».
Cela ne veut pas dire pour autant qu’il n’a aucune
valeur pour l’humanité, mais plutôt qu’il
n’a pas de «raison». Il est une manifestation
d'une relation au monde, bien plus que l’illustration de
certains aspects de ce dernier.
À
l’évidence, tout contrôle qu’exerce un
artiste sur son œuvre est fictif. De même, nous ne décidons
ni de nos parents, ni de notre langage, ni de notre place dans
l’histoire de l’Art. Nous ne sommes même pas
conscients des sources et des référents de nos propres
mécanismes de pensée. Dire haut et fort « regardez
ce que j’ai créé! » me paraît toujours
arrogant, et pourtant je me surprends souvent à le dire
!
L’univers est un vaste champ tout en relativité et
interdépendance. Nous représentons tous les aspects
de ce champ. Nous recherchons avec frénésie à établir
des règles, ressentir amour et peur, expérimenter
attraction et répulsion. Nous observons, pensons et modelons.
Mais Réalité et Modèles existent déjà.
Presque tout ce à quoi nous pensons ou que nous faisons
en tant qu’être humain se fait le plus souvent en réaction à un
modèle quel qu’il soit. Ces modèles s’imbriquent
dans la réalité, la réalité -elle-
ne se niche pas à l’intérieur de ces modèles.
C’est si simple et si évident à comprendre,
je suis en permanence étonné, en regardant les nouvelles,
des problèmes générés par la confusion
de cette relation.
Les modèles ne peuvent exister qu'au travers d'objets aux
propriétés physiques telle la masse ou l'énergie
(si je vous frappe avec une soit disant « peinture abstraite »,
elle vous fera mal quand même !) ; mes expériences
ont donc une existence formelle, mais j’envisage mon travail
en tant que procédé et résidus de ce dernier,
un ensemble de résultats et/ou de causalités sans
début ni fin.
Je ne cherche pas à être évasif ou suffisant
lorsque je dis que pour expliquer l’existence d’une œuvre,
il me faudrait expliquer l’origine de l’Univers en
son entier. C’est la modeste et simple vérité de
toute chose. Quoiqu’il en soit, objets et évènements
quotidiens portent un masque utilitaire qui camoufle leur dimension
universelle profonde. C’est justement le manque d’utilité et
de raison d’être qui font de l’Art l’une
des plus importantes et précieuses productions humaines."
Keith Tyson, 2006
Keith Tyson naît à Ulverston en Angleterre en 1969.
Il quitte l'école à l'âge de seize ans et se
fait embaucher pour cinq ans sur un chantier naval, avant d'étudier
les "pratiques alternatives" à l'Université de
Brighton. Parmi ses expositions principales, on compte la Kunsthalle
de Zürich, la Biennale de Venise, la Tate à Londres
ou encore le Louisiana Museum au Danemark. En 2002, il reçoit
le prestigieux Turner Prize. Au cours de ces douze dernières
années, Tyson a travaillé simultanément sur
diverses séries. Aujourd'hui, la galerie Georges-Philippe & Nathalie
Vallois est fière de présenter "The Sum of All
Possible Paths", une exposition dont le but est de rassembler
un exemple unique et caractéristique de chacune des séries
en cours. On y retrouve ainsi : Une "Art Machine" (Tyson
a programmé un ordinateur pour générer des
propositions artistiques, qu'il réalise par la suite). Un "Geno-Pheno" (série
de diptyques dans lequel les frontières des causes et des
effets s'entremêlent poétiquement). Une "Nature
Paintings" (Tyson utilise les réactions chimiques et
les forces de la nature pour produire des peintures abstraites
et organiques à la fois) Un "Studio Wall Drawings" (en
quelque sorte le journal intime de l'artiste, mettant en exergue
le réseau de ses influences quotidiennes) ou encore une "History
Paintings" (une table de roulette est utilisée pour
composer des peintures abstraites retraçant à leur
façon les grandes lignes de l'Histoire). L'exposition présente également
pour la première fois des prototypes des toutes dernières
séries de l'artiste telles les "Operator Paintings",
les "Higher Arcana" ou encore la série des "There
Here and Nows" (dans laquelle Tyson tente d'illustrer la nature
fluctuante des intentions). "The Sum of All Possible Paths" nous
offre un aperçu de la multiplicité mais aussi de
la profondeur des intérêts de l'artiste, qui nous
présente ici sa vision complexe, poétique et dynamique
de l'Univers.
Un catalogue est publié à l'occasion
de l'exposition.