Vincent Olinet est un
enfant terrible. Il laisse entrevoir le monde à travers
une vision toujours insolite et particulière,
faite de perspectives alternatives et de narrations fantastiques.
Concentrée sur elle-même sans jamais basculer
vers un orgueil pompeux, son oeuvre est d'une frivolité sérieuse,
où le jeu et les plaisirs sont montrés pour leur qualité et
leur importance. Jonglant avec des sujets et objets populaires, Vincent
Olinet parvient à les saboter selon ses caprices
et son imagination délirante, donnant lieu à des installations
et des dessins extatiques détachés de ce monde. Sookoon
Ang
Né à Lyon en 1981, actuellement résidant à la
Rijksakademie d'Amsterdam, Vincent Olinet combine un travail
de sculptures, de photographies et de dessins au langage. La galerie
Laurent Godin présente sa première exposition
personnelle et publie à cette occasion mon chemin de faire.
Des rails, formes brutes, une esthétique fonctionnelle. Des
damiers et des bandes, motifs de mises en garde
mais tapisserie hypnotisante. Des slogans, des phrases stupides,
une pensée mécanique, qui rebondit, s'associe, se
combine, invite et perd le lecteur. Le chemin de faire devient un
plateau de jeu dégénéré, un déplacement
rythmé, un
processus de création.
Le chemin de faire est un jeu de construction qui n'invite pas le
joueur mais qui parle au lecteur. L'installation se
compose de deux parties, des tronçons de rails et des sérigraphies
dessinées.
Comme les damiers et les bandes qui autorisent un fondu entre chaque
dessins, et créent une tapisserie démesurée,
les rails se suivent et fabriquent un nouveau parcours. La fonctionnalité n'existe
plus, reste l'artefact, la fabrication
mécanique. Ils n'attendent plus le train qui roulerait dessus,
ils n'ont pas été fabriqués pour cela. Ils sont
la matière
fabriquée par l'Homme, dénuée de confort mais
parfaitement efficace. Ce design répond à un besoin,
et si petit serait
le tronçon de rail qu'il créerait à lui seul
des kilomètres de voie. Le chemin que créent les rails
se déplace tout seul et
réinvente son espace.
Chaque dessin nait d'un motif sérigraphié. Les damiers
et les bandes constituent un décor du quotidien, motifs
d'avertissement, de mise en garde, de jeu. Un espace de création,
qui avec la contrainte de fabrication apporte un
nouveau sens à la création du dessin. Dans un flot
d'informations, où le silence n'existe pas, les lettres remplissent
les blancs, les formes géométriques s'assemblent comme
autant d'images mentales.
Chaque dessin devient une clé de lecture, qui interroge et
remet en cause le chemin de faire en entier. Chargés
de sens, ils semblent s'adresser à tout le monde en même
temps qu'à personne. L'anglais est un bon matériau,
universel, rapide et efficace. Haché, combiné, traduit,
il créé les accidents, les jeux de mots. A l'image
des slogans et
des milliers d'informations que l'on recoit en permanence, il s'agit
de créer un nouveau fouillis, où tout se combine et
s'assemble, s'approuve et se contredit, mais où une poésie
brute se recréé toute seule, la musique de la pensée.
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