sculptures
Repliées sur elles-mêmes, les chambres en béton
de Denis Pondruel recèlent en leur intimité des espaces
inaccessibles. Remisée au seuil des volumes, la perception
est mise à l'épreuve et le regard se confronte à l'échec
de cet impossible engouffrement. L'intérieur de la sculpture
reste alors un territoire insondable où l'obscurité absorbe
toute velléité d'exploration. Pourtant l'opacité brute
du béton n'altère en rien cette aimantation inquisitrice
de l'œil à l'endroit même de sa déroute.
La sculpture de Denis Pondruel semble alors avoir trouvé pour
fonction de réactiver perpétuellement notre pulsion
scopique pour mieux la désarmer.
Parfois, des
conduits, des passages, des cellules sans ouverture autre que
des escaliers peuvent évoquer les ultimes lieux
de repos éternel des pharaons dans leur pyramide, mais on
chercherait en vain un autre corps que celui d'un mot introduit
dans l'espace. L'observation se concentre alors sur ces architectures
qui absorbent la fugacité des lettres d'un texte projeté ou
traversé de lumière.
A l'opposé de ces blocs d'opacité au statisme absolu,
d'autres sculptures mettent en mécanique les extraits d'une œuvre
littéraire ou d'une scène du théâtre
classique. La sculpture devient l'écorché d'un texte
et d'une action où la répétition des mouvements
et la fulgurance des paroxysmes relèvent d'une parfaite
maîtrise technologique, sophistiquée autant que négligeable.
Chez Denis Pondruel, l'ingénieur côtoie l'artiste
et ces compétences complémentaires renforcent la
complexité et l'étrangeté du projet. Pour
un théâtre sans corps et sans voix, comme cet absolu
recherché par Samuel Beckett, la sculpture devient la quintessence
d'une œuvre scénique détachée des conditions
physiques et charnelles de sa représentation. Entre une
sculpture abstraite et un théâtre exsangue, l'œuvre
fait de l'action le prétexte aux mouvements et de l'impalpable
du texte l'origine artistique d'une mécanique rigoureuse,
pensée comme une ossature spatiale de la parole.
Jacques PY