Le
centre d’art Passerelle
présente l’exposition collective “ Sol système ” du
22 juin au 15 octobre 2006 regroupant plusieurs artistes internationaux à savoir
: Matthew ANTEZZO,
Olivier BABIN, Gilles BARBIER, Virginie BARRÉ, Andreas DOBLER,
Rainer GANAHL,
Dominique GONZALEZ-FOERSTER, Pierre JOSEPH, Didier MARCEL, Nicolas
MOULIN,
Gianni MOTTI, Stefan NIKOLAEV, Bruno PEINADO, Morgane TSCHIEMBER, Pierre
VADI,
Xavier VEILHAN & David ARTAUD et Virginie YASSEF.
commissaires invités : Jean-Max Colard et Patrice Joly
C'est au sol que ça se passe… L’exposition Sol système
part d’un constat : tout au
long du 20e siècle, on aura assisté à une lente
destitution de la frontalité de l’oeuvre d’art,
qui peu à peu descend de son piédestal ou quitte la cimaise
pour se répandre alentour, et
jusqu’au sol. Quand Jackson Pollock radicalise le rapport du
peintre au chevalet en peignant
directement sur le sol, Carl André ne conserve de la sculpture
qu’un socle aplati, un quasicarrelage.
Idée d'une exposition renversée, comme si tout avait
glissé des murs au sol,
enregistrant l'effondrement historique de toutes les verticalités.
Du coup, et l'air de rien, Sol
Système est une exposition post-11 septembre, où l'on
continue à zéro, à ground zero, une
certaine histoire de l'art.
Désormais acquises, ces remises en causes de la verticalité ont également
porté un
coup sévère au caractère rétinien de l’oeuvre
d’art. En prenant le parti-pris de présenter
principalement des oeuvres au sol, Sol Système plaide pour une
nouvelle appréhension et
un nouveau parcours de l’exposition… “à voir
avec les pieds”. Comme sur l’autoroute une
nouvelle qualité de goudron produit une conduite, des sons et
une adhésion à la route
soudainement différents, le changement de sol affecte et modifie
votre comportement du
spectateur. Ou comment réintroduire de la tactilité là où domine
la visualité et s’oppose au
tout optique qui imprègne la société contemporaine.
Le contact avec l’oeuvre d’art s’effectue de manière
physique, et non métaphorique ;
pour l’essentiel ces pièces sont praticables, on peut
marcher sur elles, les fouler, s’immerger
en elles. De loin, émanent des couleurs, la sensation de
quelque chose au sol, mais sans
que l'on sache encore si le musée est vide ou s'il est habité.
Mais dans un deuxième temps,
Sol système donne la possibilité de revoir les oeuvres
avec plus de hauteur : la configuration
du centre d’art, avec sa coursive surplombant le patio, permet
une deuxième lecture, un
retour à l’opticalité, mais différée.
De haut, c'est un étalage de lignes, d'aplats au reliefé
crasé.
Le sol est désormais vu du ciel. Cette élévation
fait référence aux nouveaux
mécanismes de vision (de surveillance, ou satellitaire)
qui affectent en profondeur la
perception du monde environnant en le soumettant de plus en plus à une
vision seconde et
déshumanisée, un panoptique à l’échelle
planétaire. Sol système pointe cette nouvelle
perspective historique, tout en refocalisant sur des préoccupations
territoriales, originelles,“
terre-à-terre”. Ce retour à une proximité du
sol permet d’aborder de nombreuses questions
telles que la conquête des sols lointains et extra-terrestres,
la politique du territoire et de son
marquage, tout en donnant libre cours à des échappées
ludiques qui envisagent le sol
comme un terrain de jeu.
Jean-Max Colard et Patrice Joly