Comment voler sans avion ?
Pour
Jean-Luc POIVRET, ses ateliers ont toujours été des
hangars pour stocker, peindre et réfléchir sur l’idée
que l’homme déambule dans une grande matière
pneumatique où le souffle serait à l’origine
des choses.
Il aime les terrains d’aviation. Il aime dialoguer avec les
pilotes, les techniciens, les ingénieurs. Non, il ne représente
pas le vol de l’oiseau.
<< Peindre sur le Musée, est une de mes idées >> C’est
en 1982 qu’il commence à peindre sur des objets de
collection, des éléments d’avions historiques
(années 40.50.60.).
Il achète une aile d’avion, un cockpit, des objets
où la matière en aluminium excelle.
<<...Par contre, c’est de façon très
déterminée que j’ai choisi la peinture brillante
comme écho à la brillance du métal. Plus qu’une
question formelle, il s’agit pour moi d’une affaire
de langage ; j’aime l’expression : - avoir des idées
brillantes ! >>
Il peint des
formes abstraites ou figuratives ou ayant trait au gustatif (saucière, fromages, brioche), des architectures
imaginaires colorées, il passe des jus, il superpose, gratte,
essuie, retire, compose, décape, juxtapose, conjugue surface
et volume, sens, mots et objets, cosmos et matière, le stable
et l’instable, le mobile et l’immobile, le jeu et la
spéculation. Sciences et techniques, les arts et le monde
des idées sont exposés là dans ces projets/objets.
L’art pictural, la Peinture est convoquée dans cet
objet silencieux, c’est évident.
<< Pour moi, il n’y a ni terre ni ciel, mais une forme,
plutôt comme un *immense hangar en sustentation...Les pragmatiques
de l’aviation considèrent leur activité comme
un moyen de transport fonctionnel qui sert à voyager d’un
point à un autre...Je ne suis évidemment pas de ce
côté-là ! Pour moi, l’avion est un mot.
Je peins un mot, je ne peins pas un objet. En ce sens je ne considère
pas les morceaux d’avion que j’utilise comme des sculptures.
Ce serait plutôt des mots en surface...>>
Jean-Luc POIVRET.
Entretien de Jean Luc POIVRET avec Bernard MARCADE 1997.
Extraits du catalogue A ET RIEN édité par le Musée
d’Art Contemporain de Dunkerque 1997