Relecture
présente la série La Grande
Bibliothèque, composée de dessins de très grands
formats (env. 3m sur 4 m) qui créent un environnement pour
le moins singulier : dense, joyeux et fragile à la fois. Ces
dessins démesurés, remplis de mystère et de
fantasme, illustrent pleinement la passion de Jean Le Gac pour le
dessin d’imitation ainsi que pour les livres de son enfance.
Cette série se joue du thème de la bibliothèque,
de cette collection littéraire, nourricière, et éternelle
source de son inspiration. Ici l'artiste représente un rayonnage,
immense, né de l’agrandissement d’une image projetée
sur le papier. Toutefois à la lecture des titres des ouvrages
représentés, le mystère apparaît : Le
peintre a disparu. Nous voilà replongés dans le monde
de Jean Le Gac, dans les aventures de ce Peintre, qui par sa représentation,
présente une authentique réflexion sur le médium
peinture et sa place au sein de l’art actuel.
Par ailleurs
dans les années 1990, l'artiste transforme une
partie de son appartement atelier en musée où il peut
exposer bien évidemment ses œuvres, mais également
sa bibliothèque et rassembler ses collections. Cette série
semble faire écho à ce lieu particulier, où l’artiste
s’illustre comme un collectionneur-amateur, corollaire de son
pouvoir créateur.
Toutefois ce
thème est relativement récurrent dans
l’œuvre de Jean Le Gac. Il l’a tout d’abord
abordé une première fois en 1977 avec Bibliothèque,
une introduction aux œuvres d’un artiste dans mon genre,
puis, en 1983, avec Le délassement du peintre français
(avec gong et bibliothèque). Ce thème sous-tend une
question fondamentale chez l’artiste qu’est ce rapport
conflictuel entre texte, image et fiction.
Cette série a été présentée pour
la première fois en 2007 lors d’une exposition à l’Institut
Mémoires de l’Edition Contemporaine de Caen (IMEC).
Dans le catalogue de l’exposition Jean Le Gac décrit
ainsi cette série :
« Moi, PEINTRE, vacciné de longue date, ce serait drôle
qu’après tous les avatars survenus dans le monde de
l’art, et suivant ma première impulsion, j’en
sois encore à défendre une cause perdue : le dessin.
L’avouerai-je, c’est au dessin d’imitation que
je pense plus qu’au dessin d’artiste, qu’au griffonnage,
gribouillage, gribouillis. Dans le dessin d’imitation j’aime
la maîtrise, l’oubli de soi et du style, la concentration
qu’il exige, qui dirigent tout mon corps vers ma main. Sans
doute dans cette préférence entre le souvenir de mon
vieux titre de professeur de dessin, qui me force à aimer
ce qui fut : le voir avec la main. […] J’irai même
jusqu’à dire que je ne suis pas peintre. J’ai
abandonné définitivement cette idée il y a très
longtemps. J'assume un personnage : le « peintre ». Je
fais des œuvres pour lui. Je suis sa petite main, rien de plus.
Aussi je peux, comme ces derniers temps, pour en rester à notre
sujet, dessiner des bibliothèques géantes avec l’intention
de cacher sur les rayons un polar, Le peintre a disparu. Entre nous,
il n’y a rien dans ce livre au-delà d’un titre
de la collection « Le Masque ». Je ne l’ai pas
choisi pour son contenu ». |