La notion de «film d'animation» permet-elle
de rendre compte des vidéos de Patrick Nardin ? Ses films,
la plupart du temps projetés sur écran, laissent parfaitement
voir la succession des images qui produisent, par leur scansion,
l'illusion du mouvement. Mais cette illusion n'est pas parfaite :
en deçà de 24 images par seconde, l'œil perçoit
des saccades dans le déroulement de la scène, dues
aux passages trop brusques entre deux images permettant de décrire
la position d'un objet dans l'espace (par exemple, chez Nardin, un
ou plusieurs véhicules de course). Tel est bien le charme
particulier du film d'animation : faire voir les vides qui nécessairement
trouent la reconstitution technique du mouvement. Alors que le cinéma
nous restitue la plénitude d'une continuité sans heurt,
le film d'animation met en doute ce balayage sans rupture que serait
la vision elle-même, dès lors que nous parcourons le
monde, les yeux bien ouverts. Car au fond, comment voyons-nous ?
C'est-à-dire, comment sélectionnons-nous ce que nous
voyons ?
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