Durant l’été 2008, le FRAC
Limousin et l’association La Croisée des Chemins s’associent
pour présenter un ensemble d’œuvres d’André Raffray.
Les relations entre l’artiste et le FRAC remontent au printemps
2002, au moment où il vint visiter l’exposition personnelle
de Gabriele Di Matteo à Limoges. En effet, l’artiste
italien y présentait une double série d’œuvres
La vie illustrée de Marcel Duchamp, avec douze dessins d’André Raffray,
et l’auteur des images découvrait pour la première
fois ce qu’en avait fait le « copiste » napolitain.
L’été suivant, lors des vingt ans du FRAC Limousin,
il fut invité à participer à l’exposition
Une collection de chefs-d’œuvres, emprunts, pastiches,
copies, citations et interprétations où plusieurs œuvres
majeures furent présentées avant d’intégrer
la collection :
Le Luxe d’après Matisse, seule vidéoprojection
réalisée par Raffray en 1998, Jeune garçon sur
la plage d’Yport d’Auguste Renoir, une des deux photographies
repeintes à la gouache en 1996, et quatre des dix-huit gouaches
de l ‘Encyclopédie du cinéma français
qu’il réalisa en 1977-78 pour le ciné-club télévisé de
Claude-Jean Philippe.
A notre tour, en 2004, nous décidames de lui passer commande
d’une « peinture recommencée », œuvre
emblématique de sa manière de travailler et pour laquelle
il est peut-être le plus connu, davantage en Allemagne et aux
Etats-Unis qu’en France.
Après de nombreuses péripéties, nous retrouvames
le site précis où Picabia posa son chevalet, près
de Crozant, en 1909, pour réaliser ce paysage « hyper-fauve » qui
se trouve aujourd’hui dans les collections du Musée
National d’Art Moderne (1). Ayant retrouvé le lieu,
Raffray fit une première séance de prise de vue, puis
une seconde quelques mois plus tard pour avoir une végétation
moins dense. S’étant par ailleurs procuré une
photographie du tableau original, l’artiste entrepris de réaliser
minutieusement aux crayons de couleurs une réplique de chacune
des photographies au format du tableau original. Le diptyque ainsi
constitué propose à la fois un voyage dans le temps
(un siècle de distance ou presque sépare ces deux images)
et une approche renouvelée de l’espace et de la vision.
En quelques années, grâce à sa complicité et à sa
générosité, nous avons pû ainsi réunir
le plus bel ensemble d’œuvres d’André Raffray
en France dont une sélection est montrée cet été à l’Atelier
de La Souterraine (2).
Entre peinture, cinéma (ou télévision) et photographie,
son œuvre apparaît d’une incroyable fraîcheur.
C’est sans doute parce qu’elle est basée sur une
passion toujours renouvelée pour l’art moderne et ses
manières de nous faire voir le monde que l’œuvre
de Raffray, avec la modestie et l’obstination qui le caractérisent,
parvient à « rafraichir » notre manière
de voir.
Durant l’été, d’autres œuvres d’André Raffray
sont présentées au FRAC à Limoges dans l’exposition
Photopeintries, épisode 2 : pharmacie dont le thème
principal, la retouche photographique, est en partie inspiré par
son parcours.
(1) Mais peut-être, comme le Douanier-Rousseau à la
même époque, s’est-il servi d’une carte
postale? A ce jour, personne ne le sait vraiment.
(2) En particulier une copie du film que la télévision
allemande réalisa pour sa rétrospective à Bonn
en 1996 et dont l’artiste utilisa une séquence comme
toile de fond pour Le Luxe d’après Matisse.
Yannick Miloux, mai 2008
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