Esox Lucius invite cette année Valère
Costes, artiste dijonnais à la renommée grandissante.
Plusieurs installations seront réalisées spécialement
pour cette exposition à Ligny en Brionnais.
Avec des dispositifs mécanico-électroniques, il nous
offre une réflexion sur l'appropriation du monde par le biais
de la technique et sur les efforts de l'homme pour dominer les forces
naturelles qui demeurent incontrôlables.
Inselberg Rock par Valère Costes:
Les Inselbergs sont des curiosités géologiques surplombant
la canopée de la forêt Amazonienne; seul moyen naturel
de pouvoir prendre de la hauteur, du recul.
Un projet de recherche en forêt tropicale de Guyane m'a permis
d' approcher de manière sensible cette nature dite "primaire" (étrangère à toute
forme de modification par l'activité humaine). De cette expérience
qui permet une perte de repères, s'est dégagé une
sensation:
Le sentiment d'être immergé dans un organisme doué d'une
conscience qui inter-agit avec ma propre conscience avec mon ressenti.
Les différents éléments extérieurs semblaient
se manifester en fonction de mon comportement et de mes pensées
!
En réalité, la densité sonore et visuelle fait
qu'un "tri" est opéré inconsciemment. Cette
sélection est faite en fonction de nos repères perdus
et que l'on recherche (on croit voir une robe de mariée dans
un champignon, on croit que le colibri vient nous espionner, on croit
entendre des chants la nuit ...)
Cette lecture anthropomorphique du milieu naturel a peut-être
contribué en partie à l'émergence des mythes.
Pour Mircéa Eliade, "le mythe raconte comment, grâce
aux exploits des Êtres Surnaturels, une réalité est
venue à l'existence, que ce soit la réalité totale,
le cosmos, ou seulement un fragment, une île, une espèce
végétale, un comportement humain, une institution.
C'est donc toujours le récit d'une "création" :
on rapporte comment quelque chose a été produit, a
commencé à être"
Le mythe établi donc des ponts, des interactions entre l'activité humaine
et l'activité naturelle.
Dans nos sociétés, avec la maîtrise de plus en
plus aboutie de notre environnement, l'idée même de
nature n'a plus de sens et il est donc urgent de réfléchir à une
nouvelle cosmogonie.
Dans mon travail, les attitudes dites "naturelles" réinventent
l'artificiel, singent nos comportements; des machineries automatisées
engendrent des transes, du chaos; le vivant se fige et la matière
s'anime, les repères tombent et se disloquent ainsi les histoires
deviennent possibles.
Inselberg Rock se présente comme une série d'installations
ironisant sur l'interprétation anthropomorphique du monde.
L'ironie brise les conventions et démontre les absurdités
sur lesquelles elle s'est construite.
|