Vernissage : vendredi 6 juillet
2007 à 18
h
«
Don Brown (GB) s’est tout d’abord choisi lui-même
comme le modèle de ses
sculptures. Invariablement intitulées « Don », elles
firent l’objet de sa première
exposition personnelle chez Sadie Coles en 1997 et déjà étaient
de moitié plus
petite que nature. Don s’y représentait dans sa banalité parfaitement
nonhéroïque
d’un homme du XXème siècle, loin des modèles
triomphants de la
statuaire antique qu’on a parfois convoqué à son
sujet. Puis il a entrepris, il y a
presque dix ans, de ne plus représenter que son épouse.
Comme les sculptures
dont il était le sujet, celle consacrées à Yoko
sont plus petites que le sujet luimême,
de moitié ou de trois quart. L’effet est immédiat
: on a envie de
protéger ces figurines que l’on toise, et qui semblent
comme pétrifiées dans la
blancheur immaculée qu’elles arborent généralement — celle
d’une fine
résine acrylique, qui restitue à la perfection la précision
maniaque avec
laquelle elles sont sculptées. Car comme le laisse percevoir
leur petite taille,
elles ne peuvent avoir été moulées sur l’original,
et ne peuvent donc être que
le fruit d’un patient travail : en cela encore réside
leur singularité dans le
paysage manufacturé de l’art de notre époque.
Comme les statues égyptiennes dont la longueur d’une robe,
la forme d’une
coiffure ou la manière de représenter les yeux permettent
la datation, ce ne
sont que quelques accessoires qui inscrivent Yoko dans une éventuelle
temporalité : la forme d’un bikini, une paire de plateform-shoes,
une coiffure,
une robe. Yoko IX (2004), hiératique, frontale, dans une longue
robe qui lui
colle au corps, un bras plié vers le haut, ressemble d’ailleurs à une
image
générique de ces statues égyptiennes tandis que,
juchée sur des talons aiguille,
les bras le long du corps et la cassure de la taille marquée
par un
léger déhanchement, Yoko II (2002) évoque les
Large Nudes de Helmut
Newton. Réduit à un seul personnage, à une seule
couleur et à peu
d’accessoires, chaque décisions, chaque variation de la
pose, chaque détail
prend une signification dramatique : Yoko évolue devant nous
dans un ralenti
absolu. Et c’est aussi dans une certaine manière que Don
Brown semble
vouloir les produire, quelques sculptures chaque année, tout
au plus, dans un
laborieux processus d’enregistrement du temps qui passe. »
É ric Troncy
|