Cette
exposition évoque la production artistique à Barcelone
entre 1947 et 2007. Elle s’attache particulièrement à observer
l’art catalan. Sans méconnaître les nombreuses rencontres
que les artistes espagnols ou de toutes origines ont eues avec cette ville,
il nous a semblé légitime en parcourant l’histoire et les
ateliers de cerner le désir complexe pour les artistes, d’être à la
fois dans le mouvement d’un art local, national et international.
Devant cette complexité notre ambition n’est ni académique
ni encyclopédique. Nous avons choisi de retracer un parcours
en unissant nos regards et en laissant la porte entrouverte à la
subjectivité, à l’émotion. Mais chez l’un
comme chez l’autre le sur-moi de l’histoire de l’art
demeure. Il a été le garde-fou de notre conversation
complice mais parfois contradictoire. La dialectique a fait le reste
: nous avons choisi au final d’un plein et commun accord.
Barcelone, 1947-2007, est l’occasion de montrer les deux maîtres
habitués des salles de la Fondation Marguerite et Aimé Maeght,
Miró et Tàpies. Miró expose la première
fois à la Galerie Maeght en 1947 au sein de l’Exposition
internationale du Surréalisme, à Paris. Tàpies
participe avec d’autres artistes à Barcelone, au sein
d’un collectif, à la création de la revue Dau
Al Set (la septième face du dé) en 1948. En 1967, il
rejoint la Galerie Maeght après le début d’une
carrière internationale et entre ainsi dans la collection
de la Fondation Marguerite et Aimé Maeght.
Mais au-delà de l’évocation des deux maîtres,
cette exposition va aussi faire découvrir à un large
public un ensemble d’artistes diversement connus au niveau
international. Ils seront l’objet de beaucoup d’admiration
et d’étonnement et cette perspective déjà nous
enchante.
Barcelone a donné à l’histoire de l’art
du vingtième siècle des noms essentiels comme Joan
Miró, Julio Gonzalez, Pablo Gargallo et Antoni Tàpies.
Picasso y reçut sa formation et Dalí, originaire de
la petite ville de Figueras, fit à Barcelone quelques-unes
de ses plus marquantes interventions contre l’art établi.
À la fin du dix-neuvième siècle, Barcelone,
capitale de la Catalogne, est en pleine révolution industrielle
comme d’autres capitales européennes. Elle devient alors
et demeure encore aujourd’hui, la ville la plus moderne de
l’état espagnol : la polémique et la concurrence
avec Madrid restant encore une histoire ouverte. Comparée à Paris
ou à Londres, Barcelone fut pourtant une petite ville provinciale
et culturellement confidentielle. Il a fallu l’arrivée
de la démocratie en 1977, date des premières élections,
et le grand chantier des Jeux Olympiques en 1992, pour que le visage
de la ville change et qu’elle soit définitivement entendue
internationalement. Avec le soutien de fortes volontés
politiques locales et européennes, Barcelone est devenue la
ville de tous les possibles parvenant à désenfouir
son identité et son histoire récente.
Et parmi les grands faits marquants, l’ouverture en 1974 de
la Galería Maeght dans un superbe palais gothique de la calle
de Montcada a été un fait unique. La programmation
de la Galerie Maeght anime la mémoire de Barcelone : Miró,
Tàpies, Palazuelo, Chillida, Saura, Arroyo, Equipo Crónica,
Gordillo ou Guinovart, c’est-à-dire la majorité des
meilleurs artistes espagnols de l’époque… aux
côtés de noms prestigieux comme Kandinsky, Braque, Giacometti,
Calder, Hamilton, Bram van Velde ou Adami. Très vite s’y
ajoute la présence des jeunes artistes d’alors : José Manuel
Broto, Xavier Grau, Jaume Plensa, Susana Solano ou Ramon Herreros… tous,
aujourd’hui, artistes confirmés.
La génération d’amateurs et de passionnés
qui a eu la chance de vivre cette époque encore politiquement
incertaine, n’oubliera jamais ces expositions qui révélaient
les avant-gardes historiques et la fleur du panorama international.
Ainsi la galerie Maeght était comme un morceau d’Europe
dans une Catalogne certes dynamique mais culturellement à la
traîne. En effet, la relation des artistes de l’avant-garde
avec leur ville fut tout au long du vingtième siècle
ambivalente : la majorité d’entre eux fuirent temporairement
ou définitivement la dictature franquiste. C’est le
cas d’Antoni Tàpies, de Ràfols-Casamada ou de
Hernández-Pijuan qui s’installèrent à Paris
avec des bourses de l’Institut français ; le cas de
Clavé qui avait déjà préféré la
France, celui de Rabascall et Xifra parisien aussi dans les années
soixante-dix ainsi que de Muntadas, Francesc Torres et Angels Ribé qui
séjournèrent respectivement à New York et Paris
et à New York et Chicago.
De nos jours, le phénomène s’inverse : nombreux
sont les artistes venant de l’extérieur qui se sont
installés à Barcelone, une ville européenne,
facile à vivre, dotée d’une vie culturelle dense
et bénie par un climat exceptionnel. Dans cette exposition
soucieuse de légitimité catalane sont invités
aussi ceux qui ont rejoint cette ville pour y travailler jusqu’à parfois
s’en revendiquer.
« Barcelone 1947-2007 » à la Fondation Marguerite
et Aimé Maeght doit contribuer à élargir la
vision que le public a déjà de la capitale de la Catalogne
: aux yeux du monde elle est déjà la ville de l’urbanisme,
de l’architecture, du design et de l’édition.
Sans doute était-il juste d’affirmer que l’histoire
récente des arts visuels à Barcelone a été une
forte et belle histoire à la hauteur de la métamorphose
d’une ville dont l’image entraîne admiration et
sympathie.
Victoria Combalía
Commissaire scientifique
Michel Enrici
Commissaire de l’exposition |