Même si l’oeuvre de l’artiste
italien Diego Perrone (né en 1970 à Asti, vit à Berlin)
a souvent été montrée dans le circuit des biennales
internationales (Manifesta 2000,Venise 2003, Moscou 2005, Berlin
2006) et est présente dans des collections de musées
telles que celles du Centre Pompidou ou du Guggenheim, elle demeure
encore très peu connue du public.
L’exposition de Bordeaux constitue sa première exposition
personnelle en France et présente deux nouvelles sculptures
et une vidéo dans un dispositif conçu spécifiquement
pour la nef du CAPC.
Ce qui frappe d’emblée dans l’oeuvre de Diego Perrone,
c’est l’incongruité de ses représentations,
leur aspect obsessif et régressif, absurde et inquiétant.
Comme si l’artiste prenait un malin plaisir à pousser
jusqu’au paroxysme la logique de
certaines conventions visuelles, à dépasser les limites
de l’imagination. A l’image de ses photographies figurant
de vieux paysans affublés de cornes d’animaux exotiques
semblables à de mystérieux talismans (Comme suggérés
par celui qui est resté derrière eux, 1999), ou de cette
série de trous gigantesques que l’artiste a creusés
pendant plusieurs mois afin de « percevoir un vide en terme d’objet
et non en terme de langage » (Les Penseurs des Trous, 2002),
ou bien encore de la vidéo d’animation digitale représentant
l’agonie hyperréaliste d’un vieux chien (Près
de Turin un vieux chien meurt, 2003).
Semblable à un alien gigantesque et pétrifié offert
au regard, sur une estrade dans la nef du CAPC, La fusione della campana
(La fonte de la cloche) est une sculpture de sept mètres de
long qui formalise les différentes étapes imaginées
du processus de fonte, souterrain et invisible. Non loin de là,
un film d’animation montre une créature ressemblant à un
loup à moitié écorché qui s’applique à faire
des gestes d’exercices de gymnastique : Le premier papa tourne
autour avec sa propre ombre, La maman plie son corps cherchant une
forme, Le deuxième papa frappe des poings à terre, 2006.
Quant à la deuxième sculpture, produite elle aussi spécifiquement
pour l’exposition de Bordeaux, elle évoque une sorte d’insecte
avec mille facettes et excroissances. Intitulée La mamma di
Boccioni in ambulanza (La mère de Boccioni en ambulance), elle
revisite la question de la représentation du mouvement mécanique
célébré par le Futurisme à l’ère
du flux digital.
Il y a toujours chez Perrone quelque chose de délibérément
spectaculaire et de complètement idiot. Chaque oeuvre demeure
une sorte d’objet non identifié, dont l’incongruité saisissante,
la dichotomie assumée entre description et représentation
tendent à infirmer toute possibilité de médiation
par le langage. A l’instar des protagonistes du film Les idiots
de Lars van Trier ou des personnages rabelaisiens, les régressions
sont conçues ici comme un moyen de se réinventer un espace
de création et d’émancipation. Et si les oeuvres
de Perrone semblent être de drôles de machines célibataires
sorties tout droit de la tête d’un penseur "troglodyte" obsédé par
la corporalité des choses, elles investissent et interrogent
non moins sérieusement le champ des possibilités offert
par l’imagination à l’heure de la toute-puissance
des technologies digitales.
Commissaires : Charlotte Laubard, Andrea Viliani
Itinérance : MAMbo (Museo d’Arte Moderna), Bologne,
fin 2007
Catalogue : Coédition CAPC-MAMbo
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