C’était au temps où…
C’est extraordinaire ce que quelques traits colorés
peuvent exercer comme pouvoir sur nos imaginaires ! Il suffit de
la magie de l’incertitude de leurs phrasés, pour que
nos perceptions nous entraînent, en cela assistées par
nos acquis socio-culturels et nos sensibilités, à entamer
un fabuleux voyage par delà temps et espaces.
Aussi ne soyez pas étonné d’être soudain
entouré d’une cacophonie de ahanements et de sifflements,
de respirer des odeurs de cuirs patinés et d’entendre
le crépitement de talons sur des lambris vernissés
! Vous venez de pénétrer dans le monde apparemment
nostalgique de David Jamin, alors installez vous et contemplez ces
lieux.
Faites salon, comme il se doit en habit de soirée, confortablement
assis dans les cuirs rouges d’un Chesterfield installé dans
le grand fumoir d’un théâtre de Coventry ; vous êtes
entre personnes du monde, attendant l’heure de se rendre au
concert. D’ailleurs, en arrière plan, violons et contrebasses
s’accordent, tandis qu’un pianiste s’échauffe
les doigts en de vertigineuses arpèges que la plupart n’entendent
pas tant ils sont absorbés par des discussions au sujet =
du Tonkin, du Siam, des Indes, de la nouvelle Delage. Bref vous avez
retrouvé le temps béni des colonies, des années
folles, quand tout allait bien dans le meilleur des mondes.
Votre regard glisse discrètement de l’un à l’autre,
votre oreille s’ennuie des discours importuns, mais, attentif,
parmi ces beaux messieurs, vous en remarquez un qui, comme vous,
regarde l’assemblée avec circonspection. C’est
David Jamin, l’autre voyageur temporel, tout aussi élégant
que l’encan, mais plus profond, infiniment plus sensible, tout
entier dévoué à sa mission.
David Jamin de cette époque vous ramenez cet indéniable
art de vivre, cette classe et cette distinction, qui font si cruellement
défaut en nos temps agités, et vous y avez ajouté ce
qui lui manquait la profondeur de l’introspection ; vous êtes
retourné au passé pour porter par votre Art au devant
de vos contemporains un message, qui en ces jours encore a toute
son importance.
C’était au temps où l’occident avait des
certitudes, c’était au temps où tout ne pouvait
aller que bien dans le meilleur des mondes, c’était
au temps où personne ne voulait voir les êtres vert-de-gris
qui se cachaient dans l’ombre !
Frederico Dovesi
Les nuits passées de Saint-Pétersbourg
Une demoiselle, au teint éburnéen, parée d’un écrin
jonquille et safran, souligné de-ci, de-là de pointes
réséda, formant une ombelle par-dessus les escarpins
délicats de la belle qui s’essaye pour la première
fois à l’art compliqué d’être une
femme du monde, même si elle n’est encore qu’une
enfant, c’est ce qu’il vous faut imaginer.
Voyez la, légère comme un flocon porté par
un vent de décembre, virevolter, sérieuse et souriante,
toute entière dévouée à la Mazurka, faisant
scintiller en d’iridescents et furtifs flamboiements, les bijoux
parant discrètement ses oreilles et son col.
Tout comme elle, ils sont élégance, grâce, sobriété,
délicatesse, tellement adaptés à sa personnalité que
l’on pourrait croire qu’ils sont créations d’une
fée désireuse de combler sa filleule. En quelque sorte
cela est exact, c’est bien une fée qui a conçu
ces bijoux ; cette bienfaisante thaumaturge c’est Katia Widawski.
Elle a le savoir et sait comment assembler cristaux,
pierres, verres et métaux pour les transformer en d’extraordinaires
chorales aptes à chanter à plein éclat de lumière
des arias superbement délicats qui immanquablement font penser à Duruflé,
Pergolèse.
Les bijoux de Katia Widawski ne sont pas de simples
parures destinées à flatter
l’orgueil de qui les porte, ils sont de délicats ambassadeurs
des éternelles valeurs que sont la véritable élégance,
la sobriété, la distinction, la créativité sans
arrogance, l’audace sans le clinquant et - raffinement suprême
en une époque de production de masse - ils sont uniques.
Tandis que dans les nuits passées de Pétersbourg l’infante
papillon, d’une cour qui n’existe plus, continue de tourner
au vent léger de l’insouciance, nous sommes contraints
de réintégrer ces temps de moindre qualité tout
en remerciant Katia Widawski de nous gratifier des accrétions
de rêve que sont ses créations.
Frederico Dovesi
Ignes Natura Renovabitur Integra
Avez-vous déjà éprouvé le sentiment
en découvrant le travail d’un artiste, qu’il a
la faculté d’inhiber le flux du temps ? Ou, qu’à tout
le moins, il dispose du pouvoir d’ordonner aux éléments
?
C’est ce que nous avons éprouvé en explorant
du regard, tout en les palpant de l’âme, les créations
de Lei Hannen.
Quelle autre raison qu’un céleste présent peut
expliquer ce qui a fait de lui ce thaumaturge capable de figer, en
de somptueuses ondes délicates, les écoulements de
lumière sur des roches humides ? D’emprisonner des arcs-en-ciel
sur des toisons de glaise ? D’incruster des éclaboussures
de flammes, diaprées de cobalt, sur les flancs cendres de
créatures équines ?
Comme nous, les ayant découvertes, vous serez persuadé que
d’une manière ou d’une autre, il lui est possible
de figer, en ses oeuvres, le ravissement de l’instant où,
gouttes d’eau et traits de lumière intimement mêlés
par des hasards délicats, sont transformés en gemmes
de rosées serties dans des argiles rares.
Vous comprendrez que là ne s’arrête pas la grâce
du talent accordée à Lei Hannen ! Il sait composer
des odes de senteurs, à humer du regard, si riches et mouvantes
qu’il est permis de les penser fragrances exotiques et rares,
poussées à nous par des vents nés sous des cieux
que nous ne voyons point, pour nous faire savoir combien en nature
tout par beauté s’accorde.
Des reflets fleurs mêlés à des lignes stochastiques
composent, sur les tontures de ses œuvres, des bouquets d’une
simplicité qui tend à l’absolu ; la raison ?
Des quatre éléments, Lei Hannen extrait les principes
fondamentaux. Il sait, ordonné et méticuleux, Maître
de la technique, respectueux disciple du Savoir, orchestrer les appairages,
les unions, les coagulations et les fusions ; jouer avec les sels
et les esprits, aiguillonner les réactions par des dards de
chaleur, calmer les embrasements par des apports précis pour
graver, en l’état, les fulminances diaphanes, les évanescences
chromatiques, sur des terres quasi anthracites.
Au monde demeure encore un adepte d’Agni, il sait « I.N.R.I »,
il commande à l’eau, à la terre, à l’air
et au feu.
Frederico Dovesi
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