Sur
une toile uniformément blanche et de format carré,
tantôt petite (80 x 80 cm) tantôt à taille humaine
(190 x 190 cm), Alix Le Méléder marque de son pinceau
une zone située près des angles, vers le bord, d’un
geste mesuré par une tension semblable et la rotation d’un
quart de tour, y déposant successivement la couleur. Les
quatre taches colorées ainsi formées vibrent, en
accord ou non. Est-ce dû à la giration qui les a imprimées
initialement, on croit les voir glisser et décoller dans
l’espace comme animées d’un mouvement et, pour
ainsi dire, d’une vie propre. Par ce processus de répétition
du geste, Alix Le Méléder s’affranchit de toute
expression et la peinture sort « abstraite » de ce
mouvement. Là n’est pas la moindre des contradictions
: le geste qui a initié la tache n’a aucune dimension
narrative. Une fois le geste effectué, la trace de couleur
déposée s’ajoute à la précédente
pour se constituer, en un temps plus ou moins long en tache. Encore
celle-ci est-elle de nature complexe et s’apparente-t-elle
plus à ces « taches solaires », phénomènes
photosphériques révélant à la surface
du soleil des zones d’activité magnétique intense
que les chinois observaient déjà il y a plus de mille
ans. Ces témoignages extrême-orientaux comparent souvent
ces taches à divers objets de la vie courante, notamment
des fruits. Leur forme sur une toile d’Alix Le Méléder
vue de près semble le suggérer. Cependant elles donnent également
l’impression de quelque phénomène vu à distance
et que cette distance n’est pas réellement mesurable
sauf à considérer qu’elle peut être « astronomique ».
Or les taches solaires identifiées en 1611 par Galilée,
couplées par deux, peuvent en effet atteindre des centaines
de milliers de kilomètres à la surface de la photosphère.
Elles sont constituées – comme les taches peintes
d’Alix Le Méléder – d’une partie
centrale plus dense et d’une partie périphérique
plus claire et filamenteuse.
De telles observations astronomiques nous préparent à glisser
vers des considérations d’ordre théologique :
les toiles d’Alix Le Méléder peuvent ainsi apparaître
comme des « inventions » (au sens de « découvertes »).
Dans le blanc indifférencié de la toile, Alix Le Méléder
invente sans cesse de nouveaux systèmes solaires de révolution
en révolution. Ainsi que l’a bien remarqué Philippe
Dagen : « D’une toile à l’autre, des différences
s’établissent, perceptibles pour peu que l’on
se montre assez attentif – des différences assez prononcées
pour que chaque œuvre se distingue sans équivoque et
que l’on soit tenté de la caractériser en termes
de sensations et de sentiments. Autrement dit : les gestes du peintre
changent un objet nu et étranger en espace vivant. Ils l’humanisent
et l’organisent. Ils le rendent, si l’on peut dire, habitable. » [1]
Née en 1955, Alix Le Méléder vit et travaille à Paris.
Expositions : 2008 Galerie Zürcher, Paris 2006 Peinture du
temps, Galerie Zürcher, Paris 2005 Alix Le Méléder,
Galerie Zürcher, Paris 2004 Le 19, Centre d’art de Montbéliard
Le corps, son image, ses représentations, Maison d’art
contemporain de Chaillioux, Fresnes 2003 Voir en peinture, Le Plateau/Frac
Ile-de-France 2001 Oeuvres sur papier, Galerie Jean Fournier 1999
Alix Le Méléder, Maison d’art contemporain de
Chaillioux, Fresnes
[1] Philippe Dagen, Peindre pour ne pas disparaître, catalogue,
Galerie Zürcher, mai-juillet 2006.
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