Belkacem
Boudjellouli dessine en
faisant appel à des
techniques simples et épurées (fusain sur toile). Le
motif n’occupe l’espace que d’une manière
partielle, presque inachevée mais toujours dans une volonté d’équilibre.
Ses personnages témoignent d’une humanité populaire
sincère tout en nous contant une histoire au fil narratif
souvent fragile et incertain. Portrait notoire supposé ou
figure à l'authenticité feinte, les personnages semblent
toujours amplifiés par des attitudes hiératiques leur
donnant force. Dans ses toiles aux grands espaces de recouvrements
de blancs, la figure s’affiche dans son caractère unique
et déraciné. Un désir de permanence ou d’intemporalité semble
figer, d’une manière quasiment héroïque,
des groupes humains types.
Traits, lignes, repentirs, inachèvement. Chaque dessin ressort
d’une économie particulière. L'artiste cherche à en
dire le plus possible mais avec un nombre fini d’éléments.
Chaque trait est à la recherche du plus grand pouvoir d’évocation
possible et, en même temps, se veut dénué et
dépris. L'enjeu n’est certainement pas de figurer ou
d’illustrer un état de la réalité ou de
ce que l'artiste perçoit du monde, mais de laisser apparaître
un parcours, une aventure propre à l’édification
du dessin. Très unitaire, ses fusains sur toile semblent faire
bloc et marquer un temps d’arrêt. D’après
Frédéric Valabrègue, "c’est qu’ils
visent à la présence, à l’absolu de la
présence, et ce d’une façon immédiate.
Ils tendent à l’intensité de ce que l’on
croit voir quotidiennement pour la première fois et qui confère
un caractère hallucinatoire à une réalité devenue
emblématique. C’est pour cela qu’il leur faut
de l’espace, celui d’un très lent silence. "
Sylvie Réno
Le transfert de pans entiers du visible
a toujours été l'affaire
de Sylvie Réno. Depuis plusieurs années, elle reproduit à l'échelle
un des objets de notre environnement en utilisant pour ce faire uniquement
du carton ondulé. Au delà du mimétisme et du
savoir-faire, son travail témoigne de la toujours possible
transfiguration du banal, fût-ce ici par le biais d'un matériau
inattendu, ce carton qui sert autant à l'emballage qu'au dessin,
et qui s'avère à priori le moins apte à ce sauvetage
du réel. Compulsive et obsessionnelle, Sylvie Réno
travaille la série, la répétition, elle accumule,
collectionne, amasse. Pour Jean-Marc Huitorel qui co-signe avec Brice
Matthieusent son catalogue : « les contreforts fonctionnent
sur le double registre de l'allusion référentielle
et de la sérialité post-minimaliste. L'ensemble des
pots de peintures, s'il marque le chantier, sont aussi une nature
morte qui désigne la peinture comme pilier du système
des beaux-arts et dont la blondeur subtile adresse un clin d'oeil à Giorgi
Morandi. » Plutôt que de jouer à l’illusionnisme
du vrai et du faux (malgré la méticulosité de
ses reproductions), l’artiste semble vouloir transformer le
monde en décor de cinéma monochrome où il ne
reste que la surface d’une image. Le carton ne sert pas ici à emballer
le monde des objets, ni même à les reproduire, mais à rendre
sa prolifération littéralement creuse. Les sculptures
de Sylvie Réno sont des objets sans poids, fragiles et éphémères
mais néanmoins "présents". Leurs processus
de fabrication impliquent que seule compte et existe la surface,
surface modifiée où sigles, logos, marques et autres éléments
linguistiques a systématiquement été effacé.
Travail en volume qui supprime le volume.
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