« J’ai réuni six jeunes artistes
que j’ai rencontrés ces trois dernières années
dans un groupe de travail autour d’un projet d’exposition.
Ce groupe est constitué de Gabriel Abrantes, Bertille Bak,
Benjamin Crotty, Bertrand Dezoteux, Sarah Lis, Florian Pugnaire,
Tamara de Wehr et moi-même. J’ai donné l’impulsion
de ce projet il y a plus d’un an maintenant en définissant
un cadre de travail qui mobilise l’espace d’exposition
dans ses dimensions matérielles et stratégiques. La
question n’était pas comment exposer des œuvres
(et lesquelles) ? Mais que peut-on faire d’un espace d’exposition,
et précisément, quel type d’intervention produire
dans ce lieu mis à disposition par la Fondation d’entreprise
Ricard pour l’art contemporain ?
Il était donc convenu que cette exposition n’appliquerait
pas de découpes culturelles ou générationnelles,
thématiques ou stylistiques, surdéterminant la cohérence
d’une sélection d’œuvres. Dans ce processus
de travail, de nombreuses autres hypothèses ont été écartées,
liées à l’organisation du groupe lui-même
: nous étions conscients que l’absence de décision
commune conduit tout projet collectif d’exposition à l’aménagement
d’un espace par des interventions ponctuelles et « pertinentes »,
et que toute règle trop stricte soumet la participation de
chacun à une démonstration conceptuelle. Pour ce qui
me concerne, plus personnellement, je ne voulais pas concevoir l’exposition
comme l’exercice d’un savoir-faire de la disposition
(display) ou d’une technique d’accrochage, avec leurs
effets de dialogues et de confrontations, de discours ou de récits.
Mon rôle dans ce projet, aura donc été des plus
modestes, puisqu’il aura consisté à fédérer
des énergies pour concevoir un espace partagé, à participer à l’élaboration
d’un cadre de travail et à assister les propositions
des uns et des autres pour les rendre possibles en fonction des conditions
posées par une institution. En réponse à la
question posée (que faire de cet espace d’exposition
?), le titre « RESET » s’est finalement imposé pour
souligner ce programme de remise à zéro, où l’exposition
est considérée comme point de départ de l’œuvre
(et non comme point d’arrivée), et où tout œuvre
propose l’exposition d’un lieu.
Il s’est donc agit, pour les artistes réunis, de penser
l’exposition comme une construction et, petit à petit
et point par point, de mettre en jeu leur travail selon la perspective
d’une reconfiguration du lieu. En ce sens, l’expérience
pourrait s’ouvrir à des actions accomplies dans et sur
le lieu dont les effets dans le temps joueraient de différés
ou de retardements, se manifesteraient ouvertement ou se situeraient
aux seuils de l’invisibilité. Cet exercice est contraint
(spatialement, budgétairement, techniquement), il comporte
une part de risque et demeure incertain, associant le temps du montage à celui
de la production et de la réalisation des œuvres. Mais
l’exposition y trouve la pleine mesure de sa forme-projet,
qui ne se fixe pas dans un résultat mais est fixée
par une coupe opérée au sein de son processus.
Une question reste posée : que construit cette exposition
outre un processus de travail (qui par ailleurs n’y sera pas
restitué) ? Elle construit un lieu, dont les qualités
sont peu évaluables selon des critères architecturaux
(il ne s’agit pas de bâtir un édifice) ou formalistes
(puisque cette construction est soumise à une logique processuelle).
Les propositions des artistes sont autant de propositions d’espaces
procédant au redoublement, au dédoublement, à l’extension
d’un lieu (donné) par d’autres (qui s’y
installent), en ayant recours à des techniques d’inscription,
de transcription, d’intrusion ou d’effacement… Et
comme il se trouve que ces propositions signifient toutes des lieux
(décors de tournage, villages détruits, bureaux de
travail, parcours géographiques, conduits d’évacuation…),
l’espace construit est un circuit où se raccordent des
lieux potentiels. Telle est la conclusion provisoire de cette expérience,
qui précise un point relatif à la forme de construction
produite. »
Christophe Kihm
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