L’exposition de Sarah Rapson Transcendental
Materialism a été conçue en premier lieu pour
le Zürcher Studio à New York (26 juin – 26 juillet
2010) avant d’être accueillie à la Galerie Zürcher
de Paris dans une version renouvelée. Plusieurs oeuvres ont été réalisées à cette
occasion.
Sarah Rapson a vécu 17 ans à New York, puis en 2004,
elle est retournée vivre en Grande-Bretagne, dans le Dorset
où, du haut des falaises, elle peut chaque jour contempler
la mer. Ainsi a-t-elle vécu presque retirée du monde, « as
wise as a Chinese hermit » pour emprunter la formule d’Agnes
Martin quant elle s’était exilée au Nouveau Mexique. « J’ai
toujours conservé une relation très romantique avec
l´art qui se combine avec mon intérêt pour les
philosophies orientales, précise-t-elle, pour moi l´art
et la vie sont indissociables. » Fascinée par le caractère « consubstantiel » de
l‘œuvre d’art [pour reprendre une notion théologique]
considérant cette fusion paradoxale du caractère immatériel
de « l’œuvre de l´esprit » avec la matérialité de
sa « valeur d´échange », elle associe parfois
dans certaines peintures – telles les New York Times Sutras
(2008) – la grille minimaliste et des coupures de vieux journaux,
parmi lesquels on trouve nombre de comptes-rendus de ventes et d’expositions
et parfois même des listes de prix ou bien encore des photographies
noyées dans la peinture : vues prises dans une exposition
(par exemple Frank Stella). Autant d’images définissant
un espace mental. D´autres œuvres comportent des images
imprimées et plus récemment des photographies prises
avec un Leica 35mm – l’appareil photo cher à Robert
Frank, son photographe vénéré (particulièrement
pour les photos London/Wales ) – mais aussi avec un téléphone
mobile bon marché. On y voit des hommes sur Lombard Street
en costume cravate longeant la rue d’un pas pressé,
obstinés et fragiles. Cette obstination et cette fragilité sont
des qualités qu’on retrouve dans ses vidéos.
Ainsi East Cliff montre une femme traînant une valise pleine
de sable jusqu’à la limite de ses forces, « parce
que j’avais beaucoup aimé le film sur Camille Claudel
avec Gérard Depardieu dans le rôle de Rodin et aussi
parce que j’avais pris moi-même l’habitude de traîner
des sacs bourrés de matériel sur Canal Street » dit-elle
simplement. Manière aussi de définir le rapport du
corps à l’espace pris dans un système de forces
invisibles et vision métaphorique de l’artiste en action.
Si Sarah Rapson fait référence aux structures et aux
réseaux du monde de l’art, elle se tient aujourd’hui
sur l´arête d’une pente qui la conduit à s’en éloigner.
Sa démarche devient plus radicale avec l’apparition
des Ash Paintings (2008) puis des Ash Banners (2010). C’est
en partant du postulat que l´art est de nature transcendantale,
qu’elle cherche à définir sa « vraie valeur ».
Ni fun ni entertainment, la fonction de l’art se rapprocherait
pour elle de la méditation. L’art de Sarah Rapson fait
preuve d’une rare humilité comme d’une extrême
intensité. Immobile au cœur de l’agitation sociale,
il s’installe en silence quand tout est consumé. Bernard
Zürcher
Née en 1959 à Londres. Elle vit à Bridport,
Dorset. Avant 2004, elle a habité New York pendant 17 ans,
où elle était représentée par Cohan Leslie
and Brown.
Expositions récentes
:
2010 :
Transcendental Materialism, Zürcher Studio, New York (exposition
personnelle)
Le Tableau, sous le commissariat de Joe Fyfe, Cheim & Read, New
York
Schmoovement, LaMama Gallery, New York
2009 :
The Buddhist Trade, Hive Projects, London (exposition personnelle)
Site, Northbank, London |