L'univers
est rempli d'objets de convoitise qui disparaissent rapidement à nos yeux. Phagocytés par
la banalité de l'usage, ils en deviennent transparents. Produits
de consommation intégrés au quotidien, ils transitent
d'un état à un autre avant de finir au rebut. Leur
présence criarde s'amenuise en un bruit blanc.
En scrutateurs du monde,
Cyril Hatt et Bertrand Planes choisissent avec soin quelques uns
de ces objets avant de leur faire subir un
double processus. Par le truchement de l'image, chacun des volumes
est dans un premier temps déconstruit. Cyril Hatt saisit toutes
les facettes de l'objet choisi, chacune étant contenue dans
une photographie de format standard. Fragmenté, l'objet explose
et disparait. Bertrand Planes capte la surface du volume et met en
mémoire les couleurs, les textures, les aspérités
données par le temps. Une fois saisie dans son intégralité,
la surface est recouverte de blanc, donnant à la matière
une neutralité qu'elle ne possédait pas.
Second mouvement et retour à l'unité : les photographies
parcellaires sont réagencées de façon à former
le volume initial, couturé aux jointures par des agrafes.
Les sculptures de Cyril Hatt sont suffisamment accidentées
et déformées pour que l'idée du trompe-l'œil
n'effleure personne, reste l'évocation en creux d'un objet
devenu sujet. Bertrand Planes donne à ses volumes la possibilité de
se réapproprier leur surface d'origine. Recouverts d'une peinture
photosensible sur laquelle est projetée leur propre image
précédemment captée, ils en deviennent ainsi
le réceptacle.
Ni tout à fait les mêmes, ni tout à fait autres,
les objets perdent en matérialité ce qu'ils gagnent
en évocation. Les images latentes peuvent apparaitre, le réel
tangible peut disparaitre, les œuvres de Cyril Hatt et de Bertrand
Planes se construisent de ces transmutations. |