Joël Denot est photographe ; il l'a toujours été.
Il a commencé comme amateur ; grâce à une bourse,
il a pu se former aux techniques et aux pratiques du métier.
Il a pratiqué "en professionnel" le reportage et
la prise de vue en studio. Ses photos sont faites à la chambre,
et ont pour support un papier photographique. Enfin, dans toutes
les œuvres, on pourrait dire qu'il y a un sujet, qu'il y a une
image, un corps.
Pourtant, au premier regard, son travail ne semble pas "photographique" ;
il invoque plutôt la peinture, voire même une peinture
qu'on pourrait qualifier d'abstraite, voire même géométrique.
Nous avons le sentiment d'être devant des tableaux.
Parce que l’image ne se donne pas à voir immédiatement,
qu’elle suppose un temps de regard ; le corps de l'artiste, présent
dans la plupart des œuvres, semble noyé dans la couleur.
Parce que, ce qu’elle fait apparaître, c’est un jeu
de formes colorées ou lumineuses qui n’évoquent
rien de précis, sinon des superpositions de surfaces, des assemblages
de monochromes.
Parce que ses dimensions renvoient à des formats picturaux plus
qu'aux formats photographiques habituels (même si ces formats
peuvent aujourd'hui être très variables, osciller entre
la carte postale et le tableau de grandes dimensions).
Joël Denot fait partie de ces artistes qui réagissent contre
la multiplication des images, et, dans son domaine, contre une photographie
qui ne serait que "l'enregistrement du monde".
Pour lui, la photographie est d'abord ce qu'elle était à l'origine
: un dévoilement par la lumière, une apparition. Les
premières images photographiques, les daguerréotypes, étaient
certes des images de la réalité, mais elles étaient
avant tout des images lumineuses, fugaces et fantomatiques.
Joël Denot s'inscrit dans cette longue histoire. Les travaux qui
l'ont sans doute conforté dans ses recherches sont des travaux
d’artistes dont la volonté était de faire de la
photographie un moyen d'expression équivalant aux autres moyens
d'expression artistiques, développant les mêmes questionnements,
les mêmes qualités. Il rejoint, parmi les "pictorialistes",
ceux dont l'enjeu n'était pas d'imiter une peinture qui aurait
elle même imité une réalité, mais de proposer
une vision associant la lumière et l'espace, l'espace du corps
et l'espace de la pensée.
On peut penser par exemple à Josef Sudek photographiant les
fenêtres embuées de son atelier. On peut penser également
aux photographies de nuages d'Alfred Stieglitz (ses « Equivalents »).
Et, dans un tout autre domaine, à un artiste comme Pierre Molinier
dont le travail nous amène toujours à nous interroger
sur l'image que nous croyons voir.
Cette recherche, d'œuvres photographiques qui ne soient pas simplement
des images, semble connaître aujourd'hui une nouvelle impulsion
avec des artistes comme le Finlandais Pertti Kekarainen, les Japonais
Maiko Haruki et Hiroshi Sugimoto, Les Anglais Garry Fabian Miller et
Adam Fuss…, qui développent tous, comme Joël Denot,
un travail qu'on pourrait qualifier de conceptuel, fondé sur
des effets de lumière créant des images irréelles
faites d'espace et de temps.
Dans les triptyques exposés à la galerie Oniris, chaque
photo a pour origine le corps, et la lumière. Le corps présent
dans l'espace. Puis la lumière dans l'espace. Les photographies
sont le résultat de la superposition de plusieurs prises de
vues, de plusieurs couches lumineuses produites par la lumière
de la pièce passant à travers des "rideaux" diversement
colorés, retenus par un jeu de cartonnages. Le support cibachrome,
qui a une grande capacité de durée, produit des couleurs étonnantes, à la
fois "métalliques" et donnant un sentiment d'épaisseur,
de matière. Les surfaces blanches se déplacent, et fonctionnent
comme les réserves dans la peinture : à la fois espace
et matière.
Les « polaroïds » sont également réalisés à la
chambre, sur papier polaroïd. Ils reprennent le même système,
mais avec plus de spontanéité, de rapidité… Ces œuvres
jouent essentiellement sur les rapports de couleurs (le corps en est
absent), leurs déplacements ; ils sont travaillés en
séries, mais peuvent également êtres considérés
comme des pièces autonomes.
Joël Denot va au bout de son engagement : le refus de la multiplication
des images, il l'applique à son propre travail.
D'une part il ne produit qu'un nombre de pièces assez limité :
une trentaine chaque année. Si les pièces sont produites
assez rapidement, le travail d'élaboration, de réflexion,
qui précède les prises de vues est en revanche assez
long.
D'autre part ses photographies sont uniques : les œuvres ne sont
tirées qu’à un seul exemplaire, et le négatif
est déchiré après son développement.
Le travail de Joël Denot est donc un travail particulièrement
singulier. S'il s'inscrit apparemment dans un univers très différent
de celui que montre habituellement la galerie Oniris, on voit que,
en réalité, il s’inscrit dans la même communauté d’esprit
et de recherche.
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