Coproduction : les Abattoirs / M.N.A.M. Centre
Georges Pompidou
Commissariat : Alain Mousseigne (les Abattoirs)
Le musée des Abattoirs organise conjointement avec le musée
national d’art moderne l’exposition « Les désordres
du plaisir », consacrée aux donations Cordier, dont
il abrite la majeure partie en dépôt. Daniel Cordier,
grand marchand, ancien résistant et secrétaire de Jean
Moulin, après avoir fait don d’un premier ensemble de
quelques 500 œuvres d’art moderne et contemporain au Centre
Pompidou, en 1989, a récemment renouvelé son geste
avec d’autres œuvres, notamment d’art premier.
Cette exceptionnelle collection reflète les choix d’une
personnalité hors du commun, qui a toujours rejeté toute
idée de collection raisonnée, au profit du plaisir,
de la jouissance et du caprice.
"
Il y a bien des manières d’aborder les œuvres d’art.
Du philosophe au marchand, du critique à l’historien,
du conservateur à l’amateur. Chacun ajuste son regard
qui n’exclut pas les autres.
L’ensemble des objets réunis ici sont l’effet
du hasard. Ils n’ont d’autre lien que la jouissance d’un
amateur et reflète les désordres du plaisir.
C’est dire le paradoxe d’exposer dans un musée
ce qui lui est antagoniste : les classements de l’histoire
sont niés au profit des caprices.
Une institution exemplaire peut-elle accepter cette bombe à retardement
qui bafoue son organisation et menaces ses principes ?
L’école buissonnière peut-elle triompher des
rigueurs de l’histoire ?
A vous de jouir…"
Daniel Cordier, 2007
Grand donateur des collections du Musée national d’art
moderne, Daniel Cordier est également l’un des membres
fondateurs du Centre Georges Pompidou. C’est dire que son attachement
au Centre ne s’est jamais démenti.
Après une première donation particulièrement
abondante, mêlant des artistes majeurs tels Dubuffet, Brassaï ou
Rauschenberg à des figures plus en marge de la "grande" histoire
de l’art, Daniel Cordier a récemment choisi d’amplifier
cet ensemble.
Se tournant vers des objets issus de sociétés non-occidentales
ou encore des objets courants "de curiosité", il
cherche, en les associant à des œuvres modernes et contemporaines, à effacer
leur aspect fonctionnel. En s’intéressant à leur
seul potentiel esthétique et imaginaire, Daniel Cordier leur
donne une vitalité nouvelle, comme il l’exprimait déjà dans
un texte à l’occasion de la présentation ce nouvel
ensemble exposé aux Abattoirs à Toulouse en 2007 :
"Mon goût des œuvres exotiques est né avec
celui des œuvres d’art.
J’ai choisi, d’abord, le plus évident : masques,
fétiches, bakotas… Cet ensemble ornemental m’accompagna
durant les années où je constituai ma collection d’art
contemporain. Après ma donation, en 1989, je remplaçai,
dans ma demeure, tableaux et sculptures par des objets d’un
genre nouveau. Même si je conservais quelques témoins
de mes premiers enthousiasmes (à titre de souvenir), ils avaient
cessé de me surprendre.
[…] À quoi correspond le foisonnement dont je me suis
entouré ?
Parce que c’est avec mon corps que je teste les œuvres
d’art, j’ai mis du temps à comprendre les raisons
de mon attirance pour les objets quelconques. Avec le temps, j’ai
découvert que ces formes élémentaires représentaient
la structure originelle de mon goût. Toute ma vie, j’ai
tenté de l’illustrer par ma quête éperdue
des œuvres d’art.
J’ai d’abord cru que la réunion de ces objets
formait une “section” de ma collection. Il n’en
est rien. D’autant que je veux effacer leur origine ethnographique
en faveur de leur qualité plastique. De ce point de vue, leur
plein effet résulte de leur confrontation avec des œuvres
contemporaines. Une confrontation intuitive et intelligente en révèle
aujourd’hui la singularité. […]". Daniel
Cordier
L’exposition des donations Cordier est proposée à la
fois au musée des Abattoirs de Toulouse, où la majeure
partie des donations de Daniel Cordier est mise en dépôt
et au M.N.A.M. Centre Georges Pompidou.
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