Pour sa deuxième exposition personnelle à la
Galerie Zürcher, Katharina Ziemke exprime avec une redoutable
efficacité et une extrême simplicité de moyens
certaines réalités de notre époque, jusque dans
ses derniers développements. Elle évoquait ainsi ces
relents de Guerre Froide auxquels nous introduisait sa récente
exposition titrée « Haut-Karabakh » (1), lointaine
contrée du Caucase. Pourtant, dans un monde attaché à la
poursuite des « évènements », ce ne sont
pas eux qui l’attirent mais les circonstances dans lesquelles
ils se produisent. Des visages se dressent, immobiles, comme autant
de témoins refroidis, momifiés, réduits au silence.
L’univers de Katharina Ziemke est criblé d’impacts
et jonché de cadavres. Des soldats morts au combat et des
enterrements, des carcasses d’animaux pourrissent en plein
désert ou flottent dans l’eau d’un canal. Katharina
Ziemke peint des tableaux cadrés comme autant de plans fixes
d’un film muet. (2) Mais la dimension tragique ou macabre de
certaines scènes est interprétée de manière
déroutante : les bâtiments sinistrés et les corps
en décomposition ont parfois les couleurs des garnitures de
pâtisserie. Les soldats sont de plomb ou de cire et les visages
de poupées ou de figurines rappellent ces statuettes kitsch
en porcelaine de Saxe que Katharina Ziemke affectionne particulièrement.
Ce traitement pictural qui consiste à donner à toute
chose une apparence « émaillée » relève
ici d’une intention précise ainsi que l’a remarqué Erik
Verhagen : « ces glaçures investissent paradoxalement
les objets d’une plus-value vitale inversement proportionnelle à la
pétrification de la chair humaine. »(3)
Katharina Ziemke procède à un double déplacement
de la réalité. Celle-ci est d’abord rapportée
par une image documentaire (presse, photographies, Internet, etc.)
prélevée par l’artiste. L’image ainsi fragmentée
est ensuite placée dans un monde sans modèle sinon
qu’il évoque, par certains aspects, l’atmosphère étrange
et un peu cruelle des contes de Grimm. Car c’est moins l’homme
que l’attitude humaine, moins les histoires que leur contexte
qui intéressent Katharina Ziemke, mais bien les indices, éventuellement
dérisoires, d’une civilisation et ses glissements progressifs
de leur époque jusqu’à la nôtre. Bernard
Zürcher
1. Musée des Sables d’Olonne, juillet-septembre
2008
2. Voir en particulier les derniers films de Steve McQueen, par exemple
Running Thunder (2007), où l’on voit des mouches se
poser sur le cadavre d’un cheval.
3. Erik Verhagen, « Le Silence de la peinture », catalogue
Haut-Karabakh
Repères
Née en 1979 à Kiel. Elle vit à Berlin.
Expositions personnelles :
2008
Haut-Karabakh, Musée de l’Abbaye Sainte-Croix, Les Sables d’Olonne
2007
Solferino, Galerie Zürcher, Paris
Printemps de Septembre, Toulouse
Expositions de groupe :
2007
New Company, Nosbaum & Reding, Luxembourg
2006
É
tranges fictions, Schloß Agathenburg, D
Voir en peinture two, La Générale, Paris (groupe)
Die Statistenloge / la loge des figurants, Kunstraum B, Kiel
2003
Société Psychanalytique, Paris
2002
Enregistrement d’une pièce sonore au Conservatoire National
Supérieur en collaboration avec Clemens Kühn, Conservatoire
de Düsseldorf
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