La Galerie Karsten Greve a le plaisir
d’annoncer
l’exposition On paper, sélection d’œuvres
sur papier qui montre comment des artistes contemporains d’horizons
différents abordent cette technique. Bien qu’un caractère
de spontanéité se dégage souvent des œuvres
sur papier, celles-ci sont aujourd’hui considérées
comme des œuvres d’art abouties et à part entière.
Cette exposition rassemble à la fois les œuvres de certains
artistes déjà confirmés comme Josef Albers ou
Louise Bourgeois mais aussi de quelques jeunes talents qui exposent
pour la première fois à la Galerie Karsten Greve.
Pour Louise Bourgeois (1911) la pratique quotidienne
du dessin est une nécessité émotionnelle. Comparativement à la
sculpture, le dessin est lié à un processus plus cérébral,
ce qui explique le lien constant dans ses œuvres sur papier
entre l’image et le texte. Les œuvres sur papier de Bourgeois
sont entièrement autonomes et il est rare qu’un dessin
ait un équivalent dans la forme d’une sculpture. Elle
emploie une grande variété de matériaux et de
nombreux supports : enveloppes, papier millimétré,
papier à musique, billets de remerciements, lettres. C’est
sa façon de donner de l’importance aux petites choses
de tous les jours qui, sinon, seraient oubliées.
Comme Louise Bourgeois, Gideon Rubin (1973) est fasciné par
le temps qui passe et conçoit ses gouaches sur carton comme
les pages d’un journal intime. Il cherche avec ces œuvres
un moyen plus immédiat que la traditionnelle peinture à l’huile.
Il utilise très souvent le carton comme support, des petits
bouts de carton jetables devenus précieux par l’ajout
de quelques touches de peinture. Depuis quelques années, son
travail se focalise sur le portrait à travers lequel il ressuscite
des vies oubliées. Créant une image qui dégage
un certain mystère, il évoque plus qu’il ne décrit
et nous donne un sentiment de déjà vu, la sensation
de retrouver une image perdue.
Gotthard Graubner (1930) a trouvé sa voie très tôt
et l’a poursuivie avec beaucoup de cohérence développant
comme thème principal la vie autonome de la couleur. Ses œuvres
ont un caractère méditatif d’une grande sensibilité,
les inégalités chromatiques évoquent une sensation
de l’espace qui donne à la surface de l’œuvre
des dimensions nouvelles. Les œuvres sur papier ont toujours
eu leur statut indépendant dans l’œuvre de Graubner
et se caractérisent par une plus grande place donnée à l’expérimentation
et à la spontanéité.
La couleur est également la thématique principale
de Josef Albers (1888 – 1976) qui, à partir de 1949
s’est consacré à sa série d’études
Homage to the square. Il utilise des carrés aux formats identiques,
asymétriquement superposés, pour présenter des
teintes et des effets chromatiques différents. Quand le caractère
matériel de la couleur a une importance cruciale dans l’œuvre
de Graubner, dans les œuvres d’ Albers il est quasiment
renié. La couleur est appliquée de manière neutre
en surface homogène où l’on peut à peine
voir l’influence de la main. Par le choix des couleurs, Albers
veut provoquer une interaction optique entre celles-ci.
Suivant l’aphorisme de Josef Albers «un et un font trois » Alexander
Gorlizki (1967) regroupe des éléments apparemment disparates
qui, ensuite, créent une troisième entité, plus
grande que la somme de ses parties. Il assemble de nombreuses et
différentes influences culturelles et collabore avec des artistes
et des artisans de différents domaines. Gorlizki fait des
dessins sur papier ancien et sur parchemin. Son œuvre à la
fois banale et mystérieuse avec un brin d’humour est
tantôt figurative et narrative, tantôt basée sur
des formes et des motifs abstraits.
Les œuvres sur papier de Carole Seborovski (1960) témoignent
d’un aboutissement esthétique et d’une exécution
raffinée. Elle recherche une perfection formelle quasi mathématique
en donnant vie aux matériaux qu’elle emploie : une grande
variété de papiers, d’épais aplats de
mine de plomb, des encres, des découpages et des collages.
Il y a d’une part ce que l’on peut voir et toucher qui
correspond à la sensualité de son travail. D’autre
part, l’invisible, ce qui est caché derrière
ces couches et sous ces découpages et qui amorce une réflexion
sur la signification des formes symboliques tel que l’ovale,
le cercle, la croix. Ces œuvres invitent le spectateur à réfléchir
sur les mystères de la nature, de la fertilité et de
la vie.
Les sensations et les perceptions ressenties face à la nature
sont la source d’inspiration majeure de l’œuvre
de Norbert Prangenberg (1949). Une certaine « idée de
la nature », intuitive et organique s’y manifeste. L’ensemble
de l’œuvre de Prangenberg est concerné par les
relations réciproques de la couleur et de la forme. La matérialité de
la couleur est évidente et est présente également
dans ses œuvres sur papier, huiles sur carton et encre de Chine
sur papier transparent, exposés à la galerie.
La plus grande partie de l’œuvre de Jonathan Callan (1961)
est dérivée de sa fascination pour la matérialité.
Il s’intéresse à la saleté, la poussière
et les objets qui se cassent. Enfant, il cassait des objets, non
pas pour savoir comment ils fonctionnaient, mais parce qu’il était
fasciné par l’intérieur, pour savoir s’il était
fondamentalement différent de l’extérieur. Encore
aujourd’hui, l’artiste a une volonté de voir ce
qui se trouve sous la surface, sous l’encre de la photographie.
S’il gratte la surface, y aura-t-il quelque chose de plus significatif
en dessous ? Il est même tenté d’aller plus loin
dans le but de trouver quelque chose qui lui racontera les secrets
de l’univers.
Les mystères de l’univers et le macrocosme fascinent également
James Brown (1951). Depuis 1995, l’ensemble de son œuvre
a été le prélude aux séries Planets.
Brown s’intéresse depuis ses débuts à la
nature et à son organisation ainsi qu’à la place
de l’homme et de la culture en son sein. Dans ses œuvres
récentes, les masses colorées aux fines nuances gravitent
dans un espace mouvant. Ces codes créés par l’artiste
contiennent d’innombrables questions. Ils nous permettent d’échapper à notre
vie quotidienne et nous guident vers les mystères éternels
de l’espace.
A partir de la fin des années 80, l’artiste chinois
Ding Yi (1962) s’est exclusivement consacré à un
travail autour des croix x et + qu’il répète
selon un principe systématique quasi obsessionnel. Ces croix
entrelacées créent une impression de profondeur et
de mouvement. Dégagé de toute signification symbolique
ou narrative, l’œuvre ne recherche pas une quelconque
expression émotionnelle mais se réduit à son état
minimal. La simplicité de ce choix s’oppose à la
grande variété de matériaux utilisés
: acrylique, pastel, fusain et stylo à bille. Ding Yi ne considère
pas ses œuvres sur papier comme des œuvres préparatoires,
mais comme des œuvres d’art à part entière.
On retrouve un caractère rigoureux, répétitif
et cohérent dans l’œuvre de Pierrette Bloch (1928).
Dès ses débuts, elle joue sur des variations presque
imperceptibles de tonalité et de rythme. Son travail abstrait
fait à partir de matériaux pauvres et de formes simples
est essentiellement focalisé sur l’espace, le temps
et le mouvement. Ses œuvres sur papier incluent des dessins
et des collages constitués de papiers déchirés,
superposés et marqués de tâches d’encre
de Chine, qu’elle dépose par petites touches, en points
répétitifs et aléatoires.
Enfin, dès les premiers dessins de Louis Soutter (1871 – 1942),
exécutés entre 1923 et 1930, dans des cahiers d’écolier – végétations,
architectures, descentes aux Enfers – un génie artistique
extraordinairement original se manifeste. Dans ses œuvres -
qu’on peut considérer comme une expression très
personnelle de la souffrance - des figures sombres mues par un rythme
sauvage et une musicalité archaïque, de noires silhouettes évoluent
sur le fond lumineux du papier. Outre l’encre de chine, Soutter
utilise l’encre d’imprimerie – parfois même
du cirage – et des couleurs qu’il applique sur le papier
directement avec ses doigts en paquets colorés, tâches,
touches ou empreintes.
Artistes présentés :
Josef Albers, Pierrette Bloch, Louise Bourgeois, James Brown, Jonathan
Callan, Tony Cragg, Ding Yi, Alexander Gorlizki, Gotthard Graubner,
Henri Michaux, Norbert Prangenberg, Gideon Rubin, Carole Seborovski,
Louis Soutter, Wu Yiming
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