Le couple d'artistes s'expose... !
Pour le PPCM, lieu des expositions 2009 d'ESCA à Nimes, la
galerie ESCA a demandé à plusieurs couples d'artistes
d'envisager la possibilité d'exposer ensemble avec la thématique
suivante : «Dans quelle mesure l'un est (ou est devenu) la
muse de l'autre, où commencent (où sarrêtent)
leurs affinités, eux qui, en principe, sont les premiers regardeurs.»
Maurin et La Spesa, qui seront les premiers à s'exécuter
en ce début d'année, ont répondu ceci : « Maurin
l'amuse et ça la muse elle : pas de muse chez Maurin et La
Spesa, que de l'amuse ! Ils oeuvrent plutôt comme des larrons
en foire, dans le cogito à deux, l'entité bicéphale
(on a du mal à distinguer ce qui appartient en propre à chacun,
ils malmènent ainsi le mythe de l'artiste inspiré solitaire
et la notion d'auteur) et vivent leurs singularités discutées,
disputées, arrachées à grand bruit et la négociation
comme forme de construction du travail. L'immersion du couple dans
l'art et (est) son engagement dans la vie... Ainsi s'affinent leurs
affinités infinies. »
Ce dont nous prenons acte !
Maurin et La Spesa - Des anges
Pour poser la première pierre sur le champ d'investigation
choisi pour 2009 « Le couple d'artistes s'expose... ! »,
la galerie ESCA reçoit à PPCM Maurin et La Spesa, assez
symptomatiques dans le genre couples en art qui questionnent toujours
un peu.
En effet, quelle est cette curiosité qui nous pousse si souvent à vouloir
connaître la recette d'un travail artistique commun, travail
si longtemps présenté comme impossible : la création
devant être l'oeuvre d'un seul, solitaire et maudit, on nous
l'a assez répété !
Qu'elle résulte de couples, de paires, de tandems, de binômes
ou de duos, l'alchimie du 1+1 nous laisse souvent un peu rêveurs,
et peut-être encore plus quand il s'agit d'un homme + une femme
: une formule (le couple hétérosexuel) qui ploie sous
le poids de son éternité, de son académisme
et de son confort au sein de la famille et du ménage plutôt éloignée
de la préoccupation créative.
Quoi ? Composer ensemble les éléments de l'oeuvre
(ou les décomposer, selon Denizot(1) , la question étant
plutôt la décomposition), additionner les gestes, retrancher,
et ... négocier comme en politique ? Quelle cuisine en perspective
! Et pas des plus simples !
Cette première démonstration, Maurin et La Spesa l'ont
titrée « Des anges», laissant planer le doute
sur le sens précis de l'expression : sont-ce les M&LS
les anges en question, ou le « des » s'entend-il au sens
du « De Republica », à propos de... ?
Nous n'attendons pas de Maurin et La Spesa qu'ils
nous proposent une douce rêverie mystique à partir de l'Amour, (ou
des amours), cet angelot, petit être souriant et dodu, qui
de toute époque fut l'objet d'un culte particulier. D'ailleurs,
ces derniers temps, ils ne parlaient que de chutes des corps, d'animaux-simulacres
(2) , épouvantés, asservis et fornicateurs, d'attitudes
pécheresses et donc de descente aux enfers... Gageons plutôt
qu'ils voient dans ces « chérubins » le souvenir
d'une pureté céleste -avec ou sans arc- en tout cas
disparue. Les anges restent inséparables des démons
auxquels ils sont associés dans les esprits comme dans l'art.
Ils sont les deux faces d'une même réalité immatérielle.
L'homme n'est ni ange ni bête, disait Pascal. Aujourd'hui
que les anges sont partis se cacher, on peut ajouter, selon le dicton
populaire, que le malheur veut hélas que« qui veut faire
l'ange fait la bête »
Un tel proverbe pourrait convenir aux gestes artistiques
les plus récents de Maurin et La Spesa... Puissent-ils rester ces « larrons
en foire » comme ils se qualifient eux-mêmes, pour nous étonner
encore cette fois... Chers anges !
1-René Denizot « Faire la peau » Papiers Libres
n°54 -
4ème trimestre 2008
2-Dans le sens employé par Catherine Grenier, « La
revanche des émotions » - Editions du Seuil - Fictions &Cie
- 2008
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