Ceux qui connaissent la galerie
l’auront
compris, j’affectionne tout particulièrement le dessin.
En effet, il y a trois ans lors de la précédente exposition
consacrée au dessin, je m’étais posé la question du : Pourquoi le dessin ? Et j’y avais répondu
par une sentence assez lapidaire :«
parce que j’aime ça ! ». Le souvenir des feuilles
que j’ai découvertes ici et là me poursuit
toujours. Cependant, je n’en reste pas là puisque le dessin
représente bien davantage,
aujourd’hui ce me semble, que quelques traits du papier. Le dessin
peut envahir les murs, il
peut pénétrer tout l’espace à sa disposition,
il peut le partitionner, le contraindre et l’amplifier,
il peut même occuper l’espace d’un écran de
cinéma — nous y reviendrons.
Quelle que soit sa forme, le dessin ne triche pas, pour cette raison
et pour bien d’autres encore
je l’affectionne. Son artifice est bien souvent de n’en
avoir aucun ; il est le chemin le plus
court de l’esprit au résultat, le véhicule le plus
prompt à l’affirmation d’une sensation, à la
réalisation d’une Vision ou d’une image. Je me souviens
de ce que m’a raconté un hommeà qui Le Corbusier avait montré un dessin minuscule, un premier
jet, il contenait à lui seul, au
dire de l’auteur, la Chapelle de Ronchamp. Je m’avancerais
presque à dire que le dessin est en
Grands Maîtres ont aujourd’hui un tel succès. Le
dessin témoigne de l’audace de son auteur,
de sa capacité à réduire le monde à un
geste ou à quelques traits, il concentre la pensée en
lui
donnant une forme qui semble s’accomplir définitivement
sous nos yeux. Il possède
l’incroyable évidence de la fulgurance et de l’action,
aussi ténue soit-elle, je m’avanceraisà dire que le dessin cristallise la fulgurance de l’action, qu’il
la précipite.
Le dessin est libre et à Fleur de peau dans les portraits esquissés
sur le motif de Damien
Cabanes, il est méticuleux et fragile dans les encres ondoyantes
de Didier Mencoboni, il est
adventice chez Clément Bagot où la feuille ne semble
jamais tout à fait assez grande pour
contenir le projet original. Je le vois All over et captif à la
fois lorsqu’en suivant sur une
plaque de verre les évolutions d’un danseur, Lætitia
Legros transcrit les mouvements
gracieux du danseur qui arpente le clair obscur d’une scène.
Il est inquiétant lorsque Penny
Yassour suspend ses formes de latex et les sépare tout en les
laissant ouvertes sur les volumes
de la galerie. Il est commencement et aboutissement dans la vidéo « Kohol » de
Yazid Oulab.
Il devient menaçant dans les dessins de Marine Joatton, aléatoire
et contrôlé dans les oeuvres
de Paul Pagk ou de Claire-Jeanne Jézéquel, agrémenté de
collages pop chez Thierry
Costesèque, ou bien il navigue entre sculpture et lueur dans
les splendides light stripes
(bandes lumineuses) de Siobhan Liddell. On pourra aussi découvrir
les cartes postales de Gil&
Moti, ainsi que quelques dessins récents de Myriam Mechita.
Pour la première fois en
France seront présentées les découpes en ombre
chinoise de l’artiste mexicain Daniel Alcalà ;
il présente une série de six arbres exotiques aux excroissances
aériennes en forme d’antenne
ou bien affublés de cheminées en guise de troncs prêts à l’escalade.
On l’aura deviné, les pratiques du dessin intègrent
toutes sortes de stratégies et offrent un
résultat pouvant aller du plus rudimentaire à un résumé des
plus sophistiqué. Le sujet est vaste
et nous essayons de l’aborder simplement au sein de notre exposition.
Eric Dupont
|