Feux de détresse
=
méditation sur le monde du travail comme espace d’enfermement
=
hypothèse formulée par des objets et des signes que la
prison est sortie de ses murs
=
exploration partielle du travail comme dedans de la prison et de la
prison comme dehors du travail. Le travail comme
revers de la prison/machine productive et la prison/machine punitive
comme conséquence du refus de la logique
salariale et économique au sens large.
*
Inventaire non exhaustif des pièces présentées
- PLEASE GOD MAKE TOMORROW BETTER, enseigne lumineuse clignotante qui
reprend un aveu
d’impuissance politique générique et anonyme.
- Sans titre, balles de tennis, sculpture qui se réfère à la
pratique des proches de prisonniers d’envoyer des objets,
qui ne passeraient pas le contrôle des gardiens, en les lançant à l’intérieur
de balles de tennis au-dessus des murs
d’enceinte de la prison.
- PLEASE COME BACK, enseigne en police de caractère K, faite
de tubes de néons fluorescents normalement
utilisés pour éclairer des lieux disciplinaires comme
les écoles, les usines, les hôpitaux, etc. Ce système
d’assemblage
représente la manière la plus économique et accessible
de se fabriquer une enseigne lumineuse. L’enseigne réagit
au
mouvement des corps dans l’espace et son sens peut être
interprété de différentes manières, de
la parodie du
message adressé au consommateur qui quitte un magasin au sentiment
mélancolique de perte irréparable d’un
moment de grâce ou de l’être aimé.
- IL FAUT TRAVAILLER PLUS POUR PENSER MOINS, le drapeau tricolore français
est brodé d’une inscription
anonyme originairement faite au feutre sur une affiche publicitaire
dans le métro de Paris.
- J’AI DÉSAPPRIS LA NUIT, est un drapeau blanc où est
brodée une citation tirée de Je hais les matins de Jean-
Marc Rouillan. Jean-Marc Rouillan récemment re-emprisonné suite à l’interview
donnée à l’Express publiée en
octobre 2008 où il affirmait notamment à propos du meurtre
de Georges Besse : « le fait que je ne m'exprime pas
est une réponse. Car il est évident que si je crachais
sur tout ce qu'on avait fait, je pourrais m'exprimer. Mais par
cette obligation de silence, on empêche aussi notre expérience
de tirer son vrai bilan critique. » Sa déclaration
elliptique a valu aux yeux de la justice comme une transgression du
silence qui lui était imposé pendant la semiliberté.
- Untitled S.A.D. (Seasonal Adjustment
Disorder) installation composée de lampes anti-dépressives dont
la fréquence de
la lumière permet au cerveau d’accroître sa production
de mélatonine pendant les saisons froides et sombres.
- Sans titre, ce bras en latex utilisé couramment dans les
pratiques de fist-fucking orné d’une montre Rolex est
un
portrait de la vie mutilée que nous vivons tous dans le régime
capitaliste actuel. Ce geste plastique, proche du
vocabulaire formel de Bruce Nauman, est aussi une mise en abîme
de la sculpture par moulage.
- Sans titre,(Mugs) ready-made inspiré par le micro-fascisme
rampant dans les bureaux et les lieux de travail.
- Optic, deux fontaines à eau normalement utilisées
dans les bureaux, remplies de vodka et de whisky qui évoquent
la nécessité de rentrer dans un état de conscience
altérée lorsqu’on vaque aux tâches qui
nous sont imposées de
manière hiérarchique.
*
Toute interprétation des oeuvres citées ci-dessus reste
subjective, les artistes ne sont aucunement propriétaires
du
sens de leur travail.
À
l’occasion de l’exposition Feux de détresse nous
souhaitons suspendre le rituel des communiqués de presse pour
transmettre nos intentions de la manière la plus basique possible
sans les enrober d’informations supplémentaires.
Merci de votre compréhension.
Claire Fontaine, décembre 2008 |