Hervé Beurel,
Jean-Yves Brélivet, Samuel Buckman, Olga Chernysheva,
Robin Collyer, Dector / Dupuy, Guillaume Janot, Langlands & Bell,
Jean-Marc Nicolas, Michelangelo Pistoletto, Julien Prévieux,
Sylvie Réno,
Thomas Ruff, Yvan Salomone, Jacques Vieille
Depuis
La Cité du soleil de Tommaso Campanella, l’île
d’Utopia de Thomas More ou le
Phalanstère de Fourier, il y a loin des villes utopiques aux
réalités urbaines d’aujourd’hui. Le
rêve d’une économie reposant sur la propriété collective
et l’économie planifiée a fait placeà la consommation de masse. Le paysage, troué par
des infrastructures reliant les centres
commerciaux aux quartiers résidentiels est ponctué d’enseignes
franchisées que l’on
retrouve d’un bout à l’autre de la planète.
Notre vision de la ville a changé tout comme le
regard que nous portons sur le monde : grâce aux satellites,
c’est l’ensemble de la terre que
nous pouvons observer.
A cet égard, Guillaume Janot voit de loin et de haut. Sa mappemonde
est révélatrice d’une
problématique commune à tous les continents : l’environnement,
la remise en question du territoire,
l’expansion des mégapoles. Mouvements incessants, informations à l’échelle
planétaire sont présents
dans une oeuvre ancienne de Michelangelo Pistoletto. Sa sphère
de journaux recèle la fragilité et la
complexité de notre monde. Machine difficilement contrôlable
qu’une simple poussée peut faire dévier.
Emballement, mais aussi emballage pour l’oeuvre de Sylvie Réno
qui, avec Le bagage, questionne le
pouvoir et ses représentations. Son bagage est celui de voyageurs
se déplaçant d’une métropoleà l’autre, ces villes organisées en fonction de réseaux
d’échanges économiques et culturels de plus en
plus vastes. Langlands & Bell, s’ils gardent leur distance
pour analyser l’espace, proposent une lecture
métaphorique de plans d’édifices révélant
les contradictions de l’urbanisme, ses enjeux économiques
et politiques. Unesco fait partie de ces édifices incarnant
la volonté de changer le monde. Incarnation
prenant d’abord forme de plan ou maquette quelle que soit la
destination du bâtiment. Robin Collyer
en donne un exemple pertinent avec Home Box Office, juxtaposition de
trois volumes dont seuls les
différents matériaux – aluminium, ciment et zinc – indiqueraient
le choix de l’usage. Maison, boîte ou
bureau n’ont plus de spécificité et tendent à une
réalité totalitaire, à savoir moduler, fragmenter,
diviser. De même, sa photographie Abattoir, en mêlant paysage
et lieu de travail, repousse les
frontières habituelles entre les activités humaines.
Jacques Vieille, en concevant Les grandes cases,
utilise les notions architecturales de luminosité, de polyvalence
de l’espace. Il joue aussi de la
polysémie du mot bibliothèque, à la fois mobilier
et bâtiment. De la construction éphémère
Topiaires
dans le jardin du musée de la Briqueterie à Langueux
(22), Jean-Marc Nicolas a conservé l’idée des parallélépipèdes verts qu’il peint cette
fois sur médium, transformant l’évocation initiale
d’un jardin
classique en une vision onirique d’immeubles et de tours. Avec
ce même vert irréel, Thomas Ruff
réalise des photographies de nuit, offrant au spectateur ce
qu’il ne pourrait déceler par lui-même.
En effet, Nacht est une image obtenue par des faisceaux lumineux utilisés
par l’armée américaine.
D’une photographie militaire dont le but est de favoriser une
attaque, Thomas Ruff nous donne à voir
un paysage quasi romantique, une ville éclairée par une
calme nuit. Autre réalité urbaine, celle du
travail, de ses lieux particuliers. Yvan Salomone a choisi de représenter
exclusivement des zones
portuaires, insituables mais toutes laissant percevoir un monde d’automatisation,
d’anonymat et de
gigantisme. L’absence de tout humain renforce l’idée
de lieux conçus pour les seules marchandises.
On Duty (au travail) est le titre d’une série photographique
d’Olga Chernysheva. Portraits d’hommes et
de femmes oeuvrant dans le métro de Moscou, derniers survivants
d’une époque où la surveillance
des lieux publics est encore exercée par des êtres humains.
Julien Prévieux use de tous les médiums
et toutes les techniques, y compris des lettres ici exposées.
Depuis plusieurs années, l’artiste répond
par la négative à des offres d’emploi récoltées
dans la presse. Chaque lettre, accompagnée de la
réponse envoyée par l’entreprise, stigmatise l’aspect
tragi-comique inhérent à cette tâche et
l’absurdité d’un système. Le Tableau n°2
d’Hervé Beurel appartient à sa série intitulée
Collection
publique pour laquelle il s’est intéressé aux façades
décorées dans le but de faire entrer l’art dans
la
ville. Il a sélectionné quelques motifs, réduisant
les fresques monumentales aux dimensions d’un
tableau. Manière de s’attarder aux zones intermédiaires
entre la mémoire et le présent. Michel Dector
et Michel Dupuy s’approprient également des éléments
du paysage urbain. Photographiant dans les
rues inscriptions, tags et traces de toutes sortes, ils projettent
ces images sur toile puis les peignent à l’acrylique.
Enchevêtrement de signes, slogans tronqués,
anciennes traces de conflits sociaux. Leur
peinture est une façon d’affirmer la réalité du
monde. Enfin, si Jean-Yves Brélivet convoque un
bestiaire particulier pour réaliser ses sculptures c’est
que les animaux sont les premières victimes des
déséquilibres du monde. Il souligne ainsi l’arrogance
avec laquelle l’homme se considère à l’écart
de
l’ecosystème de la planète. La soif des uns fissure
les autres lui permet d’attirer l’attention sur les
inégalités géo-politiques. En mimant des briques
sur le corps des girafes, en transformant leur pattes
en arches, Jean-Yves Brélivet nous rappelle que les ponts sont
préférables aux murs et que l’urbanité sauvage est décidément bien éloignée des
utopies.
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