Nous remercions les photographes : Marc Domage,
Bertrand Bodin, Carlos Casteleira, Anthony Morel
Après ses grandes expositions en France et à l’étranger à l’Abbaye
de Maubuisson, au Centre International d’art et du paysage
de Vassivière, au Creux de l’Enfer, au Kruithuis Museum
(Pays-Bas) et enfin au Musée d’art contemporain de Santiago
du Chili, Érik Samakh revient quelques dix années plus
tard sur un territoire délaissé par lui, les expositions
en galeries. En 1996 avec « Zone de silence » à la
galerie des archives, il mettait en place les fondements d’un
travail entre paysage et immatérialité. Pour sa première
exposition personnelle à la VF Galerie intitulée « Zones
de bruit », Erik Samakh crée donc un parallèle
et récolte dans son passé. Il y introduit surtout une
nouvelle dimension où Le Grand Paysage est l’acteur
principal et où l’action directe et parfois violente
sur une nature constituée, en somme artificielle, en est le
metteur en scène.
L’exposition réunit des œuvres inédites,
photographies, vidéo et installation révélatrices
d’une entreprise qui dépasse le cadre même de
ce qui est montré. « Zones de bruit » est l’appellation
générique d’un projet qui se déploie en
rhizomes et cette première étape en constitue le cadre
conceptuel.
Avec « Zones de bruit », Érik Samakh propose
d’ouvrir des perspectives dans le paysage en créant
des inserts de bruits dans des sites, des territoires et paysages
dont la qualité naturelle à priori nous paraît
acquise. En déterminant des parcelles dans ces espaces de
monocultures il en révèle d’abord le caractère
artificiel et souvent absurde.
D’une certaine manière, il fait écho au travail
des site-specific artworks de Gordon Matta-Clark et plus précisément
entre 1974 et 75, à son projet intitulé Fake Estates.
L’artiste procédait à l’acquisition de
territoires urbains, rubans de terrains inexploitables, micro-zones
abandonnées de l’urbanisme et qui révélaient
en autres, à travers cette nouvelle cartographie, une certaine
absurdité en urbanisme, doublée d’une interpellation
sur la notion de propriété. Cette désignation
d’un espace chez Érik Samakh est ensuite prolongée
par une série d’actions destinées à en
modifier l’aspect et par extension notre perception. À partir
d’un flan de montagne recouvert de conifères au dessin
de peignes réguliers et toujours vert, l’action directe
sur une parcelle consiste à en éradiquer de la manière
la plus définitive ce qui la détermine comme relevant
de la monoculture. Introduire un bruit visuel en créant un
site évidé, une clairière, où l’insert
de l’action artistique première d'Érik Samakh
se fait en creux, dans la répétition d’un geste
brutal, relevant à priori du travail de bûcheron ou
du fait d’une tempête qui se serait abattue sur un espace
circoncis[1]. Le temps aidant, et à l’identique de la
zone témoin initiée au centre d’art de Vassivière,
une autre dimension du bruit, non plus en creux mais en volume, en
une densité inédite et native de flores et de faunes,
viendront combler et conquérir ces nouveaux territoires.
Voilà ce que l’artiste nous propose comme expérience à partager,
lorsque, commanditaires d’une « Zone de bruit »,
c’est à un ensemble d’actions réactives
aux différents contextes que l’on peut souscrire, comme
autant de site specific artworks et de Tiers-Paysage[2] à activer.
L’exposition à la VF Galerie en est le premier laboratoire.
[1] En 1999, s’abattait une tempête sur une grande partie
du territoire Français, ravageant autant les zones urbaines
que rurales, des forêts entières y étaient dévastées,
des arbres centenaires abattus comme fétus de paille. Erik
Samakh intervenait en 2003 à Vassivière dans ce contexte,
le Limousin ayant subi d’énormes dégâts,
et y implantait un projet in situ à dimension participative « Les
Rêves de Tijuca après la tempête ». Destiné à reconstituer
une diversité végétale, Erik Samakh décide
d’y inscrire aussi une zone témoin, vierge de toute
intervention, préfiguratrice des « Zones de bruit ».
[2] ibid Gilles Clément « Le Tiers-Payage –fragment
indécidé du Jardin Planétaire- désigne
la somme des espaces où l’homme abandonne l’évolution
du paysage à la seule nature. Il concerne les délaissés
urbains ou ruraux, les espaces de transition, les friches, marais,
landes, tourbières, mais aussi les bords de route, rives,
talus de voies ferrées, etc … A l’ensemble des
délaissés viennent s’ajouter les territoires
en réserve. Réserves de fait : lieux inaccessibles
, sommets de montagne, lieux incultes, déserts ; réserves
institutionnelles : parcs nationaux, parcs régionaux, « réserves
naturelles ». in Gilles Clément, "Le Manifeste
du Tiers-Paysage", 2003, Editions Sujet/Objet.
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