Le cycle de trois expositions Neutre
intense, inauguré avec l’exposition Mitim, entend explorer la
possibilité d’un paradoxe : l’intensité du
neutre. Cette hypothèse réfère à une
série de cours, intitulée Le Neutre, donnée
par Roland Barthes en 1978 au Collège de France. Aux connotations
de « grisaille, de neutralité, d’indifférence » habituellement
associées à cette notion, Barthes oppose l’idée
d’un neutre pouvant renvoyer à « des états
intenses, forts, inouïs. » Transposée dans le champ
des arts visuels, l’approche de Barthes peut mettre en lumière
une ambivalence présente dans la pratique de nombreux artistes
entre, d’une part, une réduction formelle ou discursive
et, d’autre part, l’intensité, la complexité,
la richesse de sens que cette apparente réduction implique.
L’exposition
Mitim s’intéresse plus précisément à des œuvres
mettant en scène un contenu évanescent, développant
ainsi différentes formes de polysémie. Le titre de
l’exposition est un mot inventé par l’artiste
Ryan Gander, dont la signification est « un mot fictif récemment
inséré dans l’histoire comme si il y avait
toujours été ». L’artiste s’est
attaché à immiscer le néologisme dans le langage à travers
différentes stratégies de circulation. In Search
for a Perfect Palindrome (third attempt) (2006) prend ainsi la
forme d’une pile de journaux de l’édition du
20 janvier 2006 du Times, en dernière page de laquelle a été imprimée
une grille de mots croisés contenant le mot.
Plusieurs œuvres dans l’exposition s’articulent
autour d’un manque ou d’une absence. Le film de Morgan
Fisher, intitulé ( ) (2003) est conçu comme un montage
d’inserts – plans sans signification précise,
utilisés comme simples transitions – extraits de films
commerciaux. L’installation Melancholia (2003) de Laurent Montaron
met en scène un space-echo, appareil d’effet musical
commercialisé dans les années soixante, présenté comme
un bas-relief dans l’espace d’exposition. L’appareil
reste silencieux, mais met en valeur les multiples arabesques produites
par les mouvements de sa bande magnétique. Les sculptures
de John McCracken, telles que Wing (1999), jouent sur un contraste
entre leurs formes minimalistes et leurs surfaces laquées
et réfléchissantes, rappelant les chromes des voitures
ou les surfaces vernies des planches de surf de Californie, où l’artiste
vit.
D’autres œuvres s’intéressent à la
charge narrative développée par différentes
formes de réduction ou de soustraction. Les œuvres de
Chloé Dugit-Gros sont souvent conçues comme des tentatives
de mise en espace du dessin, explorant le passage du plan au volume
comme espace de narration. Rappelant les présentations minimalistes
des artistes de l’Arte Povera ou du Land Art, l’ œuvre
de Jason Dodge Darkness Falls on Wolkowyja 74, 38-613 Polanszyk,
Poland (2005) est une installation au sol composée d’une
collection d’objets domestiques liés à la production
de lumière : ampoules, allumettes, bougies, allumes gaz, etc.
Le titre nous suggère que ces objets ont été retirés
d’une maison en Pologne, la plongeant ainsi dans le noir complet.
Enfin, la pièce de Mario Garcia Torres Untitled (Missing Piece)
(2005), conçue comme une intervention dans la liste des œuvres
de l’exposition, met en jeu ce manque au sein même de
l’exposition. |