« L’exposition de John Smithson-Smith
frappe par sa grande lisibilité, les œuvres se répondant
sur un mode presque dialogique. Cet artiste gallois est depuis toujours
une énigme et le restera sans doute longtemps. Qu’est
ce que « How weary, stale, flat and unprofitable… » ?
L’exposition consacrée à cette thématique
shakespearienne est aussi dense sur le fond que discrète dans
sa présentation. L’occasion de se familiariser avec
ce jeune artiste devenu le vivant symbole d’un renouveau pictural
dialectisé par une vision tragique, au sens premier du terme,
de l’existence. Gageons que l’artiste, dans une perspective
postmoderne, a soin de faire valoir la crise du sens, la perte de
nos certitudes et de nos repères. Loin de pousser à la
mélancolie ou au sentiment d’une désolation,
l’économie du facteur ontologique se traduit au contraire
par un puissant magnétisme. Il s’agit d’une exposition
rare, sans effets superflus d’annonce, qui, en nous montrant
le remarquable travail de John Smithson-Smith, nous laisse tout loisir
de jouir d’un travail pictural magistralement insondable. Ces œuvres
récentes, unissant magnifiquement ce passage bien connu d’Hamlet à une
approche radicale de notre monde architecturé vers l’indicible,
prouvent que Smithson-Smith a dépassé la simple apparence
du matériau pour se diriger vers le grand spectacle de formes
esthétiquement cohérentes. Chez Shakespeare, cette
dialectique qui va de la beauté de la terre et de son ciel à leur
contamination par le mal et au signe de leur renouvellement, est à peine
esquissée. Dans les réalisations picturales exposées à la
Bergerie – Lieu d’Art Contemporain, la poétique
de Shakespeare est dépassée par un horizon que la peinture
ne se borne pas à signaler, selon le mouvement généreux
et affirmatif de son œuvre, la re-création de l’homme
et du monde, mais que sa raison d’être est d’y
jouer un rôle. La peinture est pour John Smithson-Smith la
possibilité d’échapper à l’enfermement
rigide déterminé par le réel. Elle est cet effort
extrême d’imagination qui, en fin de compte, existe moins
pour ce qu’il apporte que pour ce qu’il retranche. »
Anders Bohr (traduction – danois: Pierre Monjaret)
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