Pierre
Antoniucci est né en 1943. Il vit et travaille à Malakoff.
Il produit une œuvre menée avec constance, éloignée
de tout effet de mode, dans laquelle apparaissent à la fois
le plaisir de peindre et le souci de réfléchir le tableau.
Au cours de la préparation de cette exposition, plusieurs
thèmes ont émergés. Certains d’entre eux
sont anciens, d’autres révèlent une évolution
tout en restant dans un sujet exploré depuis longtemps.
Dans le déroulement de son travail, l’artiste discerne
deux directions : l’une concerne la figure (les portraits,
les poussinades, les figures de caisses, Woyzeck, et le texte scénographié d’Alma
aux chapeaux), l’autre, la représentation de l’espace
(l’atelier circulaire, les tables et natures mortes, la fragmentation
et les figures de coupe). Pierre Antoniucci précise : « L’un
me conduit à une fidélité au réel, l’autre
m’amène à une plus grande abstraction. L’exposition
présentée entre dans cette deuxième voie.
Les deux plus grands tableaux sont des vues plongeantes
de l’atelier.
Le premier, se nomme « Salon rouge ». Il est construit
en deux parties, selon un axe médian horizontal commun et
de part et d’autre de cette charnière des motifs stylisés
de l’habitat, ici une théière, là une
table basse s’inscrivent dans une profondeur redressée
que le regard semble devoir gravir. Dans le bas de la toile inférieure,
une zone blanche se découpe sur la masse rouge supérieure,
un reflet lunaire sur un bassin d’eau en déstabilise
l’assise de façon à ce que l’espace se
creuse comme une vague déferlante et retombante par son haut.
Trois petites colonnes et quatre natures mortes reprennent ce dispositif
(la lunaire-intercircus-tube) et les moustaches de Dali et trois
objets montés sur carré bleu.
L’autre grande toile est construite aussi en deux formats
disposés cette fois-ci de part et d’autre d’une
charnière verticale. C’est donc un grand panorama enveloppant
qui se montre ici. Cette toile, je l’ai appelé « Le
chemin de l’atelier » : c’est une sorte d’étendue
morcelée qui s’ouvre par de grands fragments rouge structurés
et abstraits et se poursuit par des fragments plus petits, devenant
les figures allusives des choses d’un l’atelier de peinture
(chevalet, pots de couleurs, pinceaux, vitrages) etc. Ces grandes
toiles en diptyque proposent des visions agrandies dans l’horizontalité ou
la verticalité. Les sources plastiques sont les rouleaux chinois
et les déroulés des nymphéas de Monet de l’Orangerie
mais en utilisant les bords jointés comme des charnières
constructivistes c’est une pratique cubo-futuriste qu’elles
révèlent. L’agrandissement de la vision picturale
ouvre la réflexion inverse du rétrécir.
Quelques très petits formats, toiles et dessins ainsi que
des montages en carton accompagnent dans la vitrine et dans les coins
des cimaises, l’exposition des grands tableaux. En cela je
travaille dans les champs de la belle phrase taoïste de Zhuang
zi : S’agrandir jusqu’à ce que plus rien ne soit
exclu- se rétrécir jusqu’à ce que plus
rien ne soit inclus[1] ».
C’est ce que tente aujourd’hui cette
exposition.
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