"Pièces supplémentaires",
sculptures, photographies, dessins et vidéos
La singularité de Dominique Angel réside dans le caractère
protéiforme de son œuvre qui, tout en rencontrant sur son
parcours de multiples attitudes et comportements propres à l'art
contemporain, ne s'enferme pas dans une case où l'on pourrait
la consigner. On le voudrait sculpteur, il surgit photographe ou vidéaste.
On se décide pour le photographe, il nous envoie un ensemble
de nouvelles. On se replie sur le vidéaste et c'est alors qu'il
nous concocte une performance ou encore nous sort de sa boite à malice
une série de dessins. Et pourtant la prolifération hétérogène
des genres circonscrit une personnalité originale qui vient
balayer l'ordre convenu des choses de l'art comme un coup de mistral.
Jean-Marc Réol notait " que ses sculptures apparaissent
dans leur réalisation à la fois savante et frustre comme
les petits enfants des Guitares de Picasso mais déplacés
dans un monde imaginaire proche de celui de Lewis Carroll. Elles peuvent
donner libre cours à une narrativité pénétrée
d'absurdité onirique.
Il nous offre une traversée des genres et des questions que
pose l'art d'aujourd'hui : qu'en est-il du beau et du laid, du sublime
et du trivial, du populaire et du savant ? Dans la partition que " joue " Dominique
Angel, il y a un savant mélange de genres qui évoque
Picasso et Raymond Roussel, Alphonse Allais et Marcel Duchamp, Beckett
et Buster Keaton.
La narration est chez lui une méthode. Elle ne cherche pas
tant à raconter des histoires qu'à poser des questions
quant à l'évidence trompeuse des genres, des formes,
des actes et des choses. Son œuvre aux multiples facettes nous
entraîne dans un tourbillon où les idées préconçues
vacillent. Elle nous oblige à éprouver d'un regard
autre le monde, jusque dans ses domaines les plus banals et dérisoires.
Et parfois le miroir qu'il nous tend nous ébranle. Parce qu'il
peut nous rappeler au détour d'un rire ou d'un sourire ce
que le monde peut avoir de pathétiquement dérisoire,
quand s'enraye subitement la mécanique huilée de son état.
Dominique Angel pratique l'humour et la dérision. Il les
pratique sur un mode à la fois intempestif et généreux
: On comprend vite que chez lui, ils ne sont pas forcément
synonymes de distractions, mais qu'ils fonctionnent comme un mécanisme
de la pensée.
Philippe Cyroulnik
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