Pour chacun des projets menés à La
Maréchalerie, il est proposé à l’artiste
invité de produire une pièce inédite. Le jeu
si l’on peut dire, - et l’on peut peut-être se
le permettre un peu plus aujourd’hui -, est d’engager
une réflexion dans ce contexte spécifique qu’est
La Maréchalerie, centre d’art contemporain de l’Ecole
Nationale Supérieure d’Architecture de Versailles, situé dans
les Petites Ecuries du Roy, dépendances du Château.
Cette sollicitation donne lieu à une réponse libre
de l’artiste, issue de sa recherche personnelle, et tenant
compte d’un cahier des charges fait de contraintes spatiales
et contextuelles, spécifiques au lieu et à son histoire.
Suscitant la confrontation de points de vue sur des
préoccupations
communes et sensibles aux champs de l’art contemporain et de
l’architecture, cette invitation met en œuvre, conjointement à la
réalisation de la production de l’artiste et à son
exposition, un travail spécifique mené dans le cadre
des enseignements de l’Ecole d’architecture. Sous forme
de workshop, réalisé dans une collaboration artiste – enseignants
plasticiens ou architectes, ce trvail conduit à un résultat
réalisé par les jeunes architectes et présenté à l’occasion
de l’exposition.
A travers les médiums de la sculpture, de l’image et
du verbe, Jacques Julien réinvente l’espace d’exposition
de La Maréchalerie, bouscule nos codes communs de perception
et suscite notre imaginaire. Dans le cadre de cette invitation à production,
le sol, - un traditionnel béton ciré -, est totalement
recouvert d’un dallage constitué de carreaux de céramique
dont certains, sérigraphiés selon une composition de
palindromes de Pierre Alferi en collaboration avec l’artiste,
forment un pavement nous entraînant dans un jeu, entre mots
croisés, jeu de mots et bons mots … Les sculptures,
dont une suspendue à la charpente, poursuivent cette décomposition – recomposition
de l’espace. Dans la salle annexe, une projection vidéo
Farandole (version lente) nous emmène cette fois dans une
Danse macabre revisitée, picturale, acide et dérisoire.
Même si elle renvoie iconographiquement à notre propre
mort, es squelettes, si peu décharnés, et accompagnés
d’attributs insolites, nous comptent une histoire plus proche
de la bouffonnerie que du symbole final. Enfin, un document d’artiste, édition-objet
conçue par Jacques Julien avec la participation de Pierre
Alferi et partie intégrante du dispositif d’ensemble,
poursuit ce voyage anti-conventionnel.
Insensé, singulier, incongru, étrange composent le
vocabulaire utilisé face au travail de Jacques Julien. La
référence de son travail au domaine du sport semble
nous rendre ses œuvres connues et familières. Mais cette
récurrence ne reste qu’une référence,
un point d’appui à des digressions formelles et spatiales,
un prétexte à réflexions. Réflexion,
mais non thème de recherche « art et sport »,
ou encore moins source de développement d’idées
démonstratives d’une quelconque critique socio politique
; modèle cependant particulièrement à propos
quant à son potentiel d’interrogation de la forme et
de l’espace. Sculpteur, Jacques Julien pose la question del’objet,
de sa forme et de sa place, de sa fonction dans l’espace, de
l’objet générateur d’espace, de l’objet
comme espace même, et de fait, interroge l’espace recevant
l’objet, l’environnement. Réflexion, mais également
dérision. Nous sommes en présence d’un objet
inadéquat, inadéquat à son fonctionnement, inadéquat à son
environnement. Face à des objets dont certaines formes ou
matériaux rapportent directement à des schèmes
connus, sortis de leur contexte, bouleversés, modifiés,
nous appréhendons des objets-sculptures brisant tous référents
habituels, s’engouffrant dans un espace irrationnel et ouvrant
de nouveaux possibles … A travers sa sculpture, il interroge
la forme et son sens. A travers les mots, Jacques Julien questionne
encore la syntaxe, comme il peut bouleverser le traitement et la
signification de l’image lorsqu’il réalise des
films d’animation. Les supports sont multiples et sous-tendent
une douce ironie.
Son travail peut évoquer les icônes du sport, mais
aussi bien celles du onte pour enfant, du dessin animé ou
de l’histoire fantasmagorique. Les histoires qu’il nous
raconte, sans être des récits, sont surprenantes, à la
fois ludiques et étrangement inquiétantes, nous situant
dans cet équilibre aléatoire du fil tendu entre burlesque
et fin inéluctable. L’artiste bouscule, dérange
peut-être, dans tous les cas modifie notre perception de l’objet
et de l’espace qui le compose et qu’il compose.
Si but ou fonction il y a, ce qui est loin d’être certain,
il n’est sans doute pas celui de trouver ou de retrouver un
sens. Il s’agit davantage de mettre en exergue un certain nombre
de questionnements, sans obligation de résultats, de rester
tout simplement en éveil. Après l’analyse, le
tourbillon des pensées et des supputations, il reste peut-être
uniquement et simplement à revenir au point de départ.
Cependant Jacques Julien aura réussi à nous sortir
du lieu commun, à nous entraîner vers l’essentiel, à susciter
notre imaginaire et nous aura fait faire un beau voyage, irationnel,
une « farandole » …
En amont de l’exposition, Jacques Julien a mené un
workshop avec un groupe d’étudiants de troisième
année de l’Ecole Nationale Supérieure d’Architecture
de Versailles, dans le cadre de leur atelier vidéo. Une recherche
a été engagée sur la thématique du rapprochement
et de l’utilisation de l’image et du « texte » en
vidéo. Les films, résultats des réflexions portées
par les jeunes architectes et témoignages de leur échange
avec l’artiste, sont projetés à l’occasion
de l’exposition.
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