Hicham
Benohoud persiste et signe. L'ancien professeur de dessin qui avait
mis en scène ses élèves
dans "La salle de classe" que nous avions exposée
il
y a quatre ans continue à s'affirmer comme un des rares artistes
contemporains à vocation universelle des pays du Maghreb.
Parce qu'il continue à questionner à la fois l'identité,
l'image, le monde contemporain, ses doutes intimes et ses refus par
rapport à sa culture d'origine
tout en restant dubitatif, ou pour le moins à distance, du spectacle
de l'art contemporain.
Son oeuvre, singulière, unique, inclassable, n'est mue que par
la nécessité intérieure de mettre en cause, et
en déséquilibre, à la fois ses propres visions
et ce qu'il connaît de la création aujourd'hui -car il
est extrêmement cultivé et sérieusement au fait
des développements de l'art contemporain.
Le
dispositif, à la fois simple et complexe, qu'il a imaginé et
réalisé lors de son enseignement au Fresnoy en est
peut-être la plus belle preuve. Dès ses premières
images, peintes, installées, photographiées ou vidéo
Hicham est un artiste du CRI : un questionnement rigoureux de la
douleur du monde contemporain.
> par Christian Caujolle
HICHAM BENOHOUD, BIOGRAPHIE
Né en 1968 à Marrakech, Maroc. Vit et travaille à Paris.
Qu’il pratique la peinture, la vidéo ou l’installation,
ce jeune Marocain questionne toujours l’identité. A
commencer par la sienne. Il ancre donc l’ensemble
de son travail dans la mise en crise de sa culture marocaine, de
la famille, de la religion, des structures hiérarchiques.
C’est tout naturellement que la photographie
s’est inscrite dans son propos, selon une modalité tout à fait
singulière qui se développe dans des séries
visuellement frappantes et d’une incontestable
subtilité. Dans la salle de classe de Marrakech où il
enseignait le dessin, il a mis en scène ses élèves,
inventant d’étranges situations dont l’accumulation
impose une ambiance angoissée. Disparition des visages, prothèses
en carton, corps devenant monstrueux dans leur enrobage de kraft,
groupes enfermés dans des geôles de papier collant,
le tout surplombé par une lampe obsédante ; l’univers
est lourd. Et d’autant plus troublant que, pendant
que s’installent dans la classe ces aberrations qui n’obéissent
qu’à la règle de n’introduire aucun élément
ou objet extérieur à l’espace de l’enseignement,
les autres élèves continuent bien sagement à dessiner.
On retrouve des êtres victimisés dans les milliers de
portraits d’identité retravaillés en
supprimant les yeux et les bouches et en leur adjoignant de la couleur
pour composer d’immenses panneaux muraux, séduisants
de loin par leur pointillisme
coloré, terriblement douloureux dès que l’on
s’attache à une image. Jusqu’aux autoportraits
torturés qui inscrivent l’oeuvre dans un huis clos grinçant
et se livrent comme une déclinaison des séries précédentes.
2004
/2005 : Artiste-professeur invité au Fresnoy, Studio
National des Arts Contemporains à Tourcoing • 2005 :
Artiste-professeur invité au Centre
Chorégraphique National de Montpellier • 2004 : Workshop à l’Ecole
Supérieure d’Arts du Mans• 2002 : Workshop à l’Ecole
Supérieure d’Arts de
Lorient - Scénographie du spectacle "Prière de
regarder" chorégraphié par Mathilde Monnier -
Scénographie du Festival "Latitude Villette Maghreb" à la
Grande Halle de la Villette et à la Cité de la Musique à Paris/France • 1987/2002
: professeur d'arts plastiques à Marrakech. |