L’œuvre d’Alain Clément
a parfois été vue dans la mouvance de Support-Surrface
(parce qu’une de ses premières expositions s’est
tenue en 1967, à Montpellier, en compagnie de Claude Viallat,
de Vincent Bioulès, de Daniel Dezeuze…), ou d’une
certaines peinture expressionniste abstraite américaine (certaines
peintures, très colorées, très optiques et sensorielles,
pouvant le situer dans une tradition le rattachant à des artistes
comme Rothko ou Newman).
Mais, si ces rattachements ne sont pas sans fondements, ils ne permettent
de comprendre l’originalité de cette œuvre, dont
Yves Michaud a pu dire qu’elle exprimait une « puissance
physique », et qui met en œuvre une rapport tout à fait
particulier de la peinture à l’espace, rapport qui apparaît
d’autant plus que cette œuvre développe aujourd’hui
simultanément un travail pictural et un travail de sculpture.
Les peintures d’Alain Clément sont construites à partir
de barres de couleurs, larges et épaisses (peintes à la
brosse en plusieurs passages, à partir d’un réseau
de lignes préalablement dessinées au fusain). Ces barres,
de couleurs vives, sont réalisées avec une grande économie
de moyens ; elles mêlent dessin et couleurs, apparaissent comme
un agrandissement de coups de pinceaux. Elles redoublent les bords
du tableau, et donnent à la peinture l’aspect d’un
assemblage flottant, sur un fond coloré résultant d’un
enchevêtrement de profondeurs.
« Mes formes irradient et pulsent l’espace. La composition
naît de leurs tensions. Elles cherchent à constituer
un espace autonome et mouvant qui creuse ou gonfle le plan jusqu’à la
sculpture. » (Alain Clément)
Dans l’œuvre de Clément, peintures et sculptures
peuvent donc être largement articulées. Si les peintures
apparaissent comme des espaces architecturés, structurés
par la couleur, mis en forme par les valeurs, les sculptures sont
comme la projection des gestes picturaux, des formes-couleurs, dans
l’espace : le tableau sort du champ pictural illusionniste.
L’espace est le matériau
du peintre comme du sculpteur.
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