Les écrivains tout comme les artistes inspirent
autant de mythologies que de possibilités d’aborder
leurs œuvres. Ils fabriquent des fictions qui font rêver
le lecteur/spectateur.
Joël Ducorroy, artiste plaquetitien, comme il aime à se
nommer, a imaginé cet Hommage de l’auteur, à la
manière d’un écrivain. Il a construit les images,
les mots d’un puzzle qu’il nous donne à voir comme
des parcellisations d’identité.
Ducorroy invente la biographie d’un "homme de lettres" imaginaire.
Il restitue toute la "panoplie" et ses objets fétiches
: son stylo, son briquet, un bibelot particulier, un arbre généalogique,,
sa pipe, un manuscrit, un tapuscrit, une photo de famille, une lettre
reçue … Ces éléments constituent les "signes" de
l’écrivain. Ce processus nous renvoie à ce que
l’on peut voir lors de certaines "commémorations" dans
une bibliothèque publique ou dans un musée. Joël
Ducorroy déplace l'univers visuel contemporain avec humour et
une ironie rhétorique.
Il opère avec le matériau de son art : la plaque minéralogique
(dès 1981). Le regard du spectateur est pris immédiatement
dans une sorte d'espace de signes gravés dans des plaques minéralogiques
qui renvoient d’une certaine manière à "un
autre monde d’images" et à l’imagination du
spectateur. Le spectateur attend soit une image d'un artiste, soit
une photographie, soit une sculpture, soit un objet qui puisse être
décodé par son système de représentation
traditionnel et lié à sa culture ; mais, il se trouve
déstabilisé par une toute autre approche. Les plaques
minéralogiques réalisées par Joël Ducorroy
donnent à voir dans cette série "Hommage de l’auteur" une
sorte d’hagiographie fictive d’un auteur. Il rencontre
une femme qui va changer sa vie ; elle devient son éditrice
et fait paraître son premier texte dans une revue. Plus tard,
son premier livre paraît. Une édition anglaise de ses écrits
se prépare. On lira le Journal de ses souvenirs. Nous avons
là : un Portrait d’un écrivain. Ducorroy nous révèle, à sa
manière, le mécanisme de cette "biographie raisonnée".
Telle qu’elle se fabrique dans le monde de l’édition,
dans la muséographie…
Joël Ducorroy a fictionnalisé cet Hommage de l’auteur,
en 50 pièces. Les fétiches ont la vie dure ! On devrait
lui donner la médaille militaire… ou la plaque.
Patrick Amine, Paris 2007
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