Cette exposition interroge la perception
contemporaine du modernisme – des utopies déchues aux possibilités
du futur, et réunit les projets de 8 artistes contemporains,
Michael Hakimi, Oskar Hansen, David Maljkovic, Paulina Oÿowska,
Dan et Lia Perjovschi, Maya Schweizer et Clemens von Wedemeyer.
L'exposition emprunte son titre à un roman de science-fiction
de l'auteur polonais Stanislaw Lem publié en 1955. L'histoire
du livre, un voyage interstellaire vers la constellation du Nuage Magellan,
est un prétexte pour une analyse sensible de la société de
l' époque qui, projetée dans le futur, acquiert une dimension
universelle. C'est aussi un roman visionnaire sur les développements
futurs des techniques et des technologies, dont un bon nombre sont
devenues réalité aujourd'hui.
Lem considérait Le Nuage Magellan comme le pire de ses écrits.
Ce livre fut son seul ouvrage de propagande et sa tentative de se
conformer à la rhétorique dominante de l'époque
le mena à un double échec. Il y décrit un paradis
communiste du futur, mais son récit fut obsolète dès
sa sortie, et la réception des autorités des plus réservées.
Les mésaventures du Nuage Magellan peuvent être considérées
comme une métaphore des questions que les artistes contemporains
doivent se poser aujourd'hui sur leur choix.
La fin du premier conflit mondial inaugurait une
période
d'essor des sciences et des techniques et l'émergence d'une
nouvelle forme de société, interrompue brutalement
par la Seconde Guerre mondiale. Dans l'après-guerre, la pensée
d'une nouvelle société où le code esthétique,
le projet socio-culturel et la vision d'un futur omnitechnologique étaient étroitement
imbriqués, prit un nouvel élan. Cette dernière
grande vision universelle du futur liée au constant progrès,
connue sous le nom de modernisme, survécut jusqu'aux années
1970. Mais l'échec de ce qu'on appelle l'utopie moderne apparaît
clairement aujourd'hui et s'y confronter demeure l'un des privilèges
de l'art contemporain.
Beaucoup de propositions artistiques contemporaines
s'approprient l'art pour en faire un outil d'étude et d'analyse de société et
tentent de proposer des perspectives pour le futur. L'art contemporain
doit se confronter à la force de la pensée de l'utopie
moderne et au poids de son héritage pour participer activement
au changement du monde. Le modernisme doit être analysé,
afin de comprendre les raisons de ses échecs, pour mieux cerner
notre condition contemporaine et ne pas répéter ses
erreurs. Les œuvres de cette exposition tentent cette expérience.
Pour illustrer l'utopie de la pensée moderne et ses échecs,
l'exposition présente des projets d'un architecte polonais,
Oskar Hansen (1922-2005), élève de Le Corbusier. L'idée
sous-jacente à ses cités linéaires (SLC, 1968) était
de transformer radicalement la géographie humaine et urbaine.
Les villes anciennes concentriques, développées autour
d'un centre riche et monopolisant la culture, devaient être
remplacées par des structures linéaires et égalitaires.
Mais la philosophie radicale d'Hansen a généré, à côté des
propositions utopiques et dogmatiques, également des projets
profondément novateurs, comme son projet pour le monument
d'Auschwitz (1958), constitué d'une large route d'asphalte
rectiligne traversant diagonalement le site de l'ancien camp de concentration.
D'autres projets inaboutis de Hansen sont autant de témoins
de l'utopie d'une époque, dominée par la conviction
que de telles visions étaient réalisables.
Dan et Lia Perjovschi (nés en 1961) vivent à Bucarest.
Obsédés par l'histoire, tous deux sont des activistes
qui cherchent à transformer les traditions artistiques locales.
En imprimant des fascicules et des périodiques, en organisant
des réunions et en protestant de manière symbolique
contre les abus de la nouvelle démocratie roumaine, ils animent
la communauté artistique de Bucarest. Ce sont leurs points
communs, mais leurs pratiques artistiques diffèrent. La plupart
du temps, Dan travaille directement sur les murs des galeries et
des musées en dessinant des commentaires satiriques issus
de son attitude critique de la société ou illustrant
ses réflexions sur la condition de l'artiste. Lia propose
sa vision personnelle de l'histoire de l'art contemporain à travers
plans et diagrammes en cherchant des connexions et des points de
référence.
L'artiste allemand Clemens von Wedemeyer (né en 1974) présente
trois films Silberhöhe, 2003, Die Siedlung / The New Estate,
2004 et Metropolis / Report from China, 2006, en collaboration avec
l'artiste française Maya Schweizer. Dans les films qu'ils
réalisent ensemble, ils utilisent des images et des genres
cinématographiques classiques pour former un cadre d'interprétation
des phénomènes modernes. DansSilberhöhe, Wedemeyer
inclue des extraits sonores et visuels du film L'Eclipse de Michelangelo
Antonioni afin de souligner les défaillances fondamentales
du projet moderniste dont l'apothéose sera la destruction
de quartiers entiers d'immeubles résidentiels dans l'ex-RDA.
Die Siedlung est le complément de Silberhöhe. Ce documentaire
présente en contrepoint la construction de lotissements en
Allemagne de l'Est. Le dernier film s'inspire de Metropolis de Fritz
Lang dont on se souvient de l'impact sur l'histoire du cinéma
et sur l'architecture. Clemens von Wedemeyer s'en sert comme d'un
outil critique dans sa réflexion sur les évolutions
urbaines, sociales et architecturales de la Chine contemporaine.
L'artiste germano-iranien Michael Hakimi (né en 1968) pratique
un art plus personnel et plus narratif. Il met en scène dans
ses installations des paysages fantaisistes et futuristes de l'univers
architectural et urbain et y retranscrit les peurs contemporaines,
l'atmosphère catastrophiste véhiculée par les
médias de masse. Sa vision est ancrée dans une tradition
moderniste et se réfère à la situation politique
actuelle au Moyen-Orient.
L'artiste polonaise Paulina Oÿowska (née en 1976) aime
raconter des histoires de perte et d'oubli. Elle présente
deux œuvres : un film intitulé Place de Constitution,
Varsovie, 2006, qui peut se lire comme un hommage aux habitants d'un
immeuble de Varsovie qui se sont engagés à entretenir
la « Joueuse de volleyball », l'un des néons les
plus emblématiques de la capitale polonaise, qui date de 1962.
Les enseignes au néon, installées en grand nombre par
les communistes, étaient un élément important
du paysage urbain. La deuxième œuvre est un assemblage
de fidèles reproductions de néons de Varsovie datant
de différentes époques et a été créée
dans le but d'attirer l'attention sur l'état de dégradation
avancée de la majorité des néons anciens de
la capitale polonaise et de réunir les fonds nécessaires
pour leur restauration.
L'artiste croate David Maljkovic (né en 1973) tente de dépasser
les limites du discours historique en proposant sa propre perspective
futuriste. Dans son œuvre Scenes for a New Heritage 3, créée
spécialement pour l'exposition, il tente d'inventer de nouveaux
rituels qui pourraient ramener à la vie le Monument pour les
Combattants de la Liberté datant des années 1970 et
dédié à la mémoire des résistants
communistes de la Seconde Guerre mondiale, héros de l'ex-Yougoslavie.
Après sa désintégration, l'histoire commune
des peuples qui formaient cet État s'est arrêtée
et les monuments érigés pendant cette période
perdirent leur sens et leur caractère emblématique.
Les rituels conçus par l'artiste sont une tentative d'imaginer
un langage symbolique alternatif qui pourrait transformer l'héritage,
souvent traumatisant, du passé récent.
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