[…] Ces objets séduisants et ludiques où se
mêlent, dans les jeux de la terre nue et des engobes chatoyants,
les corps humains, les efflorescences charnues, terrestres ou marines,
et le bestiaire le plus varié, ne peuvent être revendiqué ni
comme sculptures à part entière, ni comme objets d'ameublement.
Ils ne peuvent être approchés que comme les éléments
d'une œuvre qui, ayant pris le parti de se couler dans le lit
des arts décoratifs, sont appelés à se développer
dans l'environnement, en installations, comme une vaste métaphore
de la chair.
Ces installations sont des moments de l'œuvre. Des monuments
privilégiés où se rassemblent et se combinent
en étranges espaces domestiques toutes les pratiques éprouvées
par l'artiste.
Installations ambiguës : les tableaux y occupent eux aussi une
place décorative, ils se prêtent non sans humour, au
rôle que l'on fait ordinairement à la peinture dans
les magazines de décoration. Quant aux formes mobilières,
lits, tables, guéridons, les voilà affublées
de jupes de perles et de pieds dansants, incluant des boules de verre
soufflé qui évoquent la fragilité des bulles
de savon. Prétextes à porter des vases et des statuettes.
[…] Marie Ducaté emprunte autant aux bulles de Jérôme
Bosch qu'aux tissus à fleurs des déballages marseillais,
autant aux cabinets de curiosités qu'aux littérateurs
classiques, autant aux penseurs qu'aux stylistes, autant aux poètes
qu'aux artisans.
Si bien que pour localiser ce travail-là, qui se réfère
au passé sans aucune nostalgie, qui fait feu de tout bois
sans respecter les codes, ou plutôt qui recourt aux codes et
aux clichés pour en prendre à son aise avec les conventions
et faire entrer une bouffée d'air dans les convenances, il
faut nous affranchir de tout esprit de sérieux, accepter tous
les risques de la frivolité, de l'atemporalité, du
métissage et du kitsch.
Ce sont bien là les limites que s'est fixées l'artiste,
qui joue délibérément avec le feu, et sous ses
dehors de parfaite innocence, ne cesse d'y prendre garde. […]