“Stockholm, 1965. La galerie du grand magasin NK propose une
exposition de Christer Strömholm, le plus grand photographe
scandinave, alors enseignant, et qui marquera trois générations
de la photographie d'Europe du Nord. Christer, qui ne s'est jamais
préoccupé de son œuvre, ni du marché, qui
a quitté très vite le groupe Fotoform d'Otto Steinert,
montre ses images comme une évidence : des tirages de 50 x
60 cm, contrecollés sur Isorel, sans cadre, brutaux ou pour
le moins directs, juste accrochés par une ficelle fixée
au dos. Trois jours après le vernissage, l'exposition est
décrochée : elle est trop déprimante, trop radicale,
en fait. Inacceptable à ce moment-là, qui veut de la
douceur ou de l'anecdote. Le contraire absolu de Christer.
Quarante ans plus tard, nous montrons, parce que nous avons eu de
la chance que l'essentiel de cette exposition soit préservé,
puis retrouvé, une soixantaine d'images, dans leur état
originel, qui reconstituent le propos de Christer Strömholm.
(...)
Notre conviction est que cet ensemble, marqué par l'obsession
de la mort, la notion de série et le refus de l'anecdote qui
caractérisent l'un des plus importants auteurs européens
de la tradition documentaire, est un moment historique essentiel
de la photographie en Europe.
Extrait d'un texte de Christan Caujolle,
commissaire de l'exposition,
catalogue des Rencontres d'Arles, 2005