« Les sujets de mes photographies sont souvent de simples
objets, familiers dans la plupart des cas, auxquels on ne prête
généralement que peu d’attention et de valeur.
Choses petites, humbles
et précaires qui, par leur contemplation,
nous permettent d’accéder à une réalité supérieure
et plus profonde.
Choses qui passent dont
la mélodie de l’éphémère éveille
en nous l’aspiration à ce qui ne passe pas et deviennent
le lieu de rencontre privilégié entre l’éternité et
le temps.
Je ne cherche ni à saisir l’essence des choses, ni à les
représenter dans leur totalité mais plutôt à entrer
au cœur d’elles-mêmes de telle manière qu’elles
s’ouvrent, nous laissent entendre leur murmure, nous livrent
une part de leur mémoire, nous ouvrent les portes d’autres
univers et nous permettent d’accéder à d’autres
réalités.
Je pars d’une intuition, d’une sensation, de l’émotion
poétique suscitée par un détail précis
pour communier avec une totalité sentie du monde. Je m’attarde
sur un certain nombre de signes et d’éléments
qui témoignent de cette relation entre l’infime et le
tout, qui constituent une dialectique du particulier et de l’universel.
Chaque détail devenant agent de relation entre le connu et
l’inconnu, un trait d’union entre le réel et le
surnaturel, la matière et l’esprit, l’humain et
le merveilleux.
Chaque photographie est
conçue comme un poème visuel
autonome. Poème dans la mesure
où chaque image - par la combinaison des formes, par la sensualité de
la matière, par la dimension métaphysique de la lumière,
par le rythme et l’ordre qui lui sont propre - renvoie à un
au-delà des choses.
Cette recherche d’une écriture visuelle qui se veut
témoignage du pressentiment de l’invisible, cette quête
de correspondances et d’analogies entre le monde sensible et
l’âme, peuvent être une façon de qualifier
ma démarche photographique. »
Vincent Breton
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