Thomas
Ruff est l’un des photographes allemands les plus importants
de sa génération. Elève de Bernd et Hilla Becher à la
Kunstakademie de Düsseldorf de 1977 à 1985, l’artiste
a développé une réfléxion rigoureuse autour
du médium photographique. Très connu pour sa série
de Portraits, de Nus ou de Substrats, il a exposé dans le monde
entier s’intéressant surtout à la perception de
l’image. Pour cette nouvelle exposition à la Galerie Nelson,
Thomas Ruff nous présente sa dernière série
: les Jpegs.
Dans ses
dernières séries l’artiste utilise
des images trouvées (internet, mangas, négatifs...)
qu’il remanie ensuite. Pour cette nouvelle série, Thomas
Ruff travaille à partir de différentes sources : la
majorité des images sont reprises d’Internet et ont
souvent été très médiatisées;
quelques-unes ont été prises par l’artiste lui-même,
d’autres viennent de brochures touristiques. Après les
avoir retravaillées par ordinateur, ces images deviennent
indéchiffrables car on ne distingue au premier abord qu’une
mosaïque de pixels. Il faut s’en éloigner pour
en voir le sujet : des paysages, des images paisibles comme les Jardins
du Luxembourg à Paris, des architectures, côtoient des
images de catastrophes (éruption volcanique ou bombardement).
Certaines images sont plus facilement identifiables car elles ont
largement été diffusées dans les médias
comme celles du 11 septembre à New York, faussant ainsi la
perception du spectateur : ces images bien qu’effrayantes au
départ perdent leur impact à cause de la pixélisation
qui comme le flou de la série des “nus” met une
distance entre l’image et la réalité qu’elle
montre.
Thomas
Ruff propose à notre regard une sorte d’abécédaire
du monde contemporain. La série commence par “aa” (american
architecture) et se poursuit avec “bu” (bunkers) pour
se terminer sur “wi” (war in Iraq). Le choix de Thomas
Ruff de présenter une si grande variété d’images
aussi éloignées les unes que les autres n’est
pas anodin. Il tente encore une fois de prouver que l’image
ne capte que “la surface des choses”. L’altération
des images par ordinateur, comme dans la série des Substrats,
vide celles-ci de leur contenu et de leur sens premier. Saturés
d’images, notamment sur Internet, nous ne distinguons plus
que les couleurs et la lumière. La technique de pixellisation
des images ajoute aussi une nouvelle dimension au travail de Ruff.
Ses photos se rapprochent de la peinture : certaines images évoquent,
entre autres, le peintre romantique allemand Caspar David Friedrich.