Fabrice
Hyber est aujourd’hui l’un
des artistes français les plus reconnus à travers le
monde. Lion d’Or à la Biennale de Venise en 1997, son
travail est apprécié par un large public à travers
une créativité éclectique. Qu’il s’agisse
d’œuvres récentes telle que L’Artère – Le
jardin des dessins au Parc de la Villette à Paris, inaugurée
en 2006, gigantesque puzzle de céramiques de 1001m2 sur l’histoire
de la lutte menée contre le Sida depuis son apparition, ou
d’œuvres plus anciennes comme Le plus gros savon du monde
(inscrit au Guiness des Records en 1991), sorte d’autoportrait
de l’artiste a réalisé avec 27 tonnes de savon,
Hyber glisse toujours des mains…
Pour l’artiste, l’intérêt du monde réside
dans sa complexité, sa diversité intrinsèque que
l’on ne peut restreindre à une vision unique, mais qu’il
faut concevoir comme une multiplicité de possibles. Toujours
en transformation, l’art ne « supprime » pas, il « ajoute » parce
qu’il propose un comportement différent. L’art doit
donner les moyens d’accéder à toutes les possibilités
d’action ; il faut pour cela exagérer, démultiplier
les lieux de production et de diffusion de l’art et peu importe
la matérialité de l’oeuvre, seule compte sa capacité à déclencher
des comportements.
Chaque œuvre de Hyber n’est qu’une étape intermédiaire
et évolutive de ce « work in process » conçu
sous la forme d’un gigantesque rhizome, reflet des articulations
et de la prolifération de la pensée.
Rarement présentés par l’artiste lors d’expositions,
les tableaux, les peintures homéopathiques - synthèses
des moments de création et des principes de pensées
de l’artiste - et les dessins sont à la base de toutes
ses créations, l’expression instantanée du jaillissement
de ses idées, le terrain privilégié de ses expérimentations.
Pour sa première exposition personnelle à la galerie,
Hyber présentera exclusivement un ensemble de tableaux et œuvres
sur papier. Par ces œuvres, l’artiste nous offre l’opportunité de
saisir son mode de création et de production, étape
essentielle dans la réalisation d’une œuvre puisque
c’est là « où tout se passe ». En
effet, l’acte de dessiner permet à Fabrice Hyber de
rechercher tous les éléments d’une proposition,
d’une situation, toutes les « possibilités » qu’évoquent
pour lui un thème afin d’en apercevoir les limites,
de les enrichir et de les repousser au maximum.
À la fois réalité économique et source
d’énergie essentielle, matière huileuse noire
puisée dans les couches profondes de l’écorce
terrestre, le pétrole est fascinant à plus d’un
titre pour Hyber qui s’est intéressé très
tôt aux rapports d’échelles, aux rythmes biologiques
et aux mécanismes d’influence.
Mutations et transformations variées, associations d’idées
et de systèmes autour de ce phénomène planétaire
se retrouveront dans les tableaux et dessins montrés à la
galerie.
Hyber présentera également sa dernière peinture
homéopathique, la n°23. Conçues comme des œuvres
de synthèse où s’accumulent des écritures,
des dessins et des photographies gelés sous une couche de
résine, ces peintures sont pour l’artiste des bilans
visuels, des story-boards, comme une sorte de condensé de
son cheminement mental. Les dessins deviennent ici des éléments
constitutifs d’un ensemble, collés sur la toile tels
des chocs, ou des idées indigestes qu’il convient d’ingurgiter
un par un, par petites doses, enrobées comme des sucreries
dans des matières douces telle la résine ou la colle,
pour en faciliter la digestion.
Si la démarche de Fabrice Hyber présente la pensée
comme une constellation, le dessin et la peinture sont chez lui homothétiques
du corps humain, que l’artiste considère avant tout
comme un espace de jeu. Cette oscillation perpétuelle caractérise
la diversité inhérente à l’œuvre
de l’artiste et illustre le choix structurant qui est le sien,
celui de la fluidité, du flux que rien n’arrête.
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