L’Espace Paul Ricard présente l’exposition
Paracinéma de Laurent Grasso du 18 janvier au 23 février
2006.
Laurent Grasso est un artiste qui produit « peu » d’oeuvres
et cela tient probablement à leur complexité. Son travail
vidéo consiste à extraire de la réalité des
phénomènes potentiellement cinématographiques,
en scénarisant — ou plutôt devrait-on dire
en virtualisant — ce
que capte l’oeil mécanique de la caméra. Son oeuvre
habite la bordure, la limite du réel, en faisant adopter à la
caméra un point de vue généralement inattendu
par rapport à la scène filmée. Le personnage
principal des films de Laurent Grasso n’est jamais directement
présent puisqu’il s’agit de la caméra
elle-même. Il la pense comme un objet autonome, n’obéissant pas
aux réflexes du regard humain. « Elle scrute la réalité comme
un territoire étranger » comme il le dit luimême. Ses
vidéos se présentent sous la forme d’installations,
de dispositifs, où le son occupe une place importante, à la fois comme véritable matériau
et vecteur d’ « irréalité ».
A l’espace Paul Ricard, l’artiste présente Paracinéma,
une vidéo tournée dans le célèbre centre
industriel cinématographique italien créé par
Mussolini en 1936. Cinécitta, la « città del cinema » était
destinée à l’origineà
concurrencer les américains sur leur terrain de prédilection
culturel. On surnomma par la suite cette méga structure
du cinéma l’ « Hollywood sur Tibre ».
Réservée à ses débuts essentiellement aux
tournages de films de propagande fasciste, Cinécitta
connaîtra son âge
d’or dans les années 50 grâce au cinéma américain (ironie
de l’histoire !), qui y développa les fameux péplums.
Depuis plusieurs années, Cinécitta a retrouvé une grande
vitalité. Laurent Grasso s’est naturellement intéressé à ce
lieu en cherchant à réaliser un film qui se nourrirait
d’autres films. L’artiste a donc tourné pendant
une journée dans ces décors de cinéma encore en place,
en « incrustant » au sein de rues de faux western
et autres morceaux de ville en carton-pâte des fictions
minimalistes, donnant une seconde vie à ces décors.
L’impression est celle d’une existence dans la fiction,
comme si chaque décor avait une vie autonome, qui aurait échappé à l’histoire
des différents tournages. Le bruit du vent contribue à rendre les scènes
irréelles. La caméra opère des mouvements très
faibles et, peut-être encore plus que dans les autres vidéos
de l’artiste, elle tend à s’effacer, pour mieux nous
déplacer au coeur de la préoccupation essentielle
de l’artiste : ce que l’on voit et ce que l’on perçoit,
est ce vraiment la réalité ?
Vertigo est un film basé sur le phénomène de la
vision entoptique, ces phénomènes visuels que nous connaissons
tous, et qui se manifestent par des effets de « mouches » ou
de « papillons » colorésà l’intérieur
de l’oeil. Dans cette oeuvre, Laurent
Grasso poursuit son investigation sur les perceptions intimes, propres à chacun,
qu’il déplace sur l’écran
de la projection. En rendant cette sensation individuelle perceptible par
tous, il rend manifeste ce qui relève généralement
de l’ « inexprimable » et nous invite à regarder — les yeux
ouverts et parmi les autres — ce qui d’habitude nous
concerne intérieurement. Irma Vep est une pièce étrange
qui reproduit par des étincelles
la silhouette de la célèbre Irma Vep (anagramme
du mot vampire), héroïne emblématique
du cinéma fantastique. Les Vampires, un film de Louis Feuillade,
est progressivement devenu un modèle artistique et
une source d'inspiration pour plusieurs générations
de cinéphiles et de cinéastes
de tous horizons. On retrouve dans la pièce de Laurent Grasso l’intérêt
que porte l’artiste à la
science-fiction et au fantastique, pour ces mondes étranges
où les images nous invitent à perdre nos repères et déplacent
nos certitudes en usant d’artifices.
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